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10 avril 2008
Le concept de la cogestion ou la marque d’un « cancrelatisme » politique.

Décidément certains leaders politiques prennent les Togolais pour des idiots, à qui on peut servir n’importe quel plat pourvu que, cela puisse servir leurs intérêts nombrilistes et mesquins. Plus de 5 mois après les législatives qui ont entraîné la débâcle de son parti ( 4 maigres députés), le leader du CAR, Yawovi Agboyibo revient au devant de l’actualité avec un nouveau produit la « cogestion » qu’ il estime être la panacée au mal togolais. Il ne se passe de jour où l’on ne cesse d’empoisonner le climat politique avec cette idée farfelue et anachronique de cogestion.

Le week-end dernier, le leader du CAR était l’invité d’une émission sur une chaine de télévision de la place pour dire exactement au peuple togolais ce qu’il entend par la cogestion. C’était la catastrophe, puisque toute l’émission n’était que de la cogestion. Même dans le cas du Zimbabwe, Agboyibo estime non seulement que le vieux Bob n’est pas un dictateur mais pense qu’il faut appliquer la cogestion au moment où le parti au pouvoir a perdu les élections. Pour le Bélier noir de Kouvé, la démocratie basée sur les élections avec l’alternance au pouvoir ne serait pas adaptée aux réalités des Etats africains. Des propos bizarres venant de la part d’un homme qui pendant longtemps a soutenu mordicus qu’il était l’homme qui a œuvré pour la démocratie au Togo. Il n’est donc pas loin de la conception d’un certain Chirac qu’on ne présente plus.

Le délire d’un homme en perte de vitesse

A la question de savoir à quel régime politique au juste correspond la cogestion, le président national du CAR après des élucubrations s’est contenté de dire que ce n’est pas une question de régime mais d’innovation. Il a ainsi esquivé la question des animateurs qui voulaient savoir au juste si le concept de la cogestion s’apparente à un régime présidentiel, semi présidentiel, parlementaire, monarchique, conventionnel etc. Nous pouvons donc conclure que maître Agboyibo comme Rousseau ou John Locke vient d’inventer un nouveau régime politique appelé cogestion. Mettant systématiquement en cause le principe de la majorité qui pour lui, laisse apparaître à chaque scrutin au Togo l’antagonisme entre deux forces et ravive les tensions du passé, il demande à la classe politique togolaise et aux Togolais de jeter par-dessus bord les maigres acquis démocratiques obtenus au prix du sang pour revenir à une formule de partage du pouvoir depuis les municipalités jusqu’au sommet de l’Etat. Pour appuyer ses arguments , il estime que l’ampleur de la crise togolaise est telle qu’ aucun parti politique ne peut prétendre gouverner seul ce pays. Avant le 14 octobre 2007, le leader du CAR ne tenait pas ce discours ; au contraire, il bombait le torse et se frappait la poitrine en ressassant à qui voulait l’entendre que son parti devrait avoir la majorité à l’issue du scrutin. Il est même allé plus loin en demandant aux Togolais dans son sermon sur les montagnes du Kloto de choisir en Jésus(lui) et Barabbas (UFC). Par conséquent, c’est suite au score calamiteux de son parti que le bélier sort cette idée farfelue de cogestion pour semer la confusion sur la scène politique maintenant que l’on sait qui est qui et qui pèse quoi. En réalité, comme le reconnaît Agboyibo lui-même, l’idée de la cogestion ne date pas d’aujourd’hui. Elle existait avant la conférence nationale en ce sens que le leader du CAR était parmi ceux qui, après avoir œuvré pendant longtemps aux côtés d’Eyadema, travaillaient à lui faire comprendre que plutôt qu’un système pluraliste, il fallait juste instaurer au Togo une formule de partage du pouvoir entre le timonier et lui-même Agboyibo se renvoyant donc régulièrement, dans une mascarade d’élection, la balle comme dans un jeu de ping-pong. Cette idée du Bélier noir a été malheureusement court-circuitée par le soulèvement du 05 octobre 1990 et la Conférence Nationale Souveraine. En d’autres termes , le leader du CAR n’a jamais été un démocrate et Dieu merci, lui-même l’affirme aujourd’hui. Ce n’est pas le problème des togolais si le CAR de maître Agboyibo, peine à avoir une existence au Togo où depuis 1946, le débat politique est systématiquement incarné par deux forces majeures. Tant que le peuple togolais n’aura pas décidé autrement, nous sommes obligés si nous sommes de vrais démocrates à accepter cette réalité n’en déplaise au leader du CAR. Comme nous le savons tous, la famille Agboyibo, en remontant l’histoire est de souche progressiste alors s’il refuse aujourd’hui d’intégrer le RPT réincarnation du Parti Togolais Progrès(PTP) comme la plupart de ses frères les Ayassou et a tenté vainement d’imposer son CAR comme une troisième force dans la pays, c’est son problème. Il ne peut tenir les Togolais pour responsables de ses déboires.

La cogestion dans le droit du travail est définie comme « la gestion de l’entreprise exercée en commun par le chef d’entreprise et les représentants des salariés, et impliquant pour ces derniers le pouvoir de participer aux décisions sans être nécessairement actionnaire ou bailleurs de fonds de l’entreprise ». C’est donc ce concept que le leader du CAR qui n’est que l’ombre de lui-même aujourd’hui à la suite des élections législatives du 14 octobre dernier, récupère à son compte et tente d’imposer sur la scène politique histoire de revenir au devant de l’actualité. La démocratie basée sur des élections propres avec alternance au pouvoir ne correspond pas aux Togolais. Contrairement aux idées dangereuses que le leader de ce parti tente de faire circuler dans le pays, le principe de la majorité n’est dirigée contre aucune ethnie, aucun groupe d’individus au Togo. La démocratie et l’alternance au pouvoir sont des valeurs partagées par les Togolais du Sud jusqu’au Nord car aucun peuple, aucune ethnie quel que soit le profit qu’il tire d’une situation , ne saurait se soustraire aux valeurs de liberté, de justice, des droits de l’Homme. Cette idée selon laquelle le changement de régime au Togo est orienté contre les gens du Nord que Agboyibo reprend à son compte aujourd’hui n’est que l’imagination fertile de la mafia RPT et du groupuscule qui l’incarne qui pensent par cette méthode conserver le pouvoir. L’alternance au Togo, ce n’est pas la revanche d’une ethnie contre une autre mais l’expression de la volonté de l’ensemble des Togolais toutes ethnies confondues que la mafia du RPT étouffe et cette vérité le leader du CAR devrait le savoir s’ il ne le sait déjà.

Lorsqu’on analyse les propos du leader du CAR, on est tenté de croire au rôle peu sincère voire trouble qu’il a joué depuis le début du processus démocratique au Togo jusqu’à ce jour. Agboyibo fait partie de ces leaders politiques qui ont sabordé la lutte démocratique de tout un peuple pour permettre à Eyadema de garder le pouvoir et à eux de recevoir les prébendes. Lors du dialogue ayant abouti à la signature de l’APG, le leader du CAR alors président du bureau directoire du dialogue a procédé de la même manière en évacuant les vrais problèmes et précipité la signature d’un accord bidon qui remettait l’ensemble du pouvoir au RPT. Conséquence, le leader du CAR a fait l’impasse sur la question de la Constitution de 1992, le contentieux présidentiel de 2005, l’impunité, le découpage électoral. Pour le récompenser, le RPT le désigne comme Premier ministre. Plus de 5 mois après sa débâcle électorale, le leader du CAR revient sur les mêmes pratiques allant cette fois-ci jusqu’à réfuter l’idée d’une convocation du gouvernement sur la question de la vie chère par le parlement. Le comble du ridicule est atteint lorsqu’il affirme devant l’ensemble des Togolais que le rôle du député n’est pas d’interpeller le gouvernement sur des sujets brûlants. Et pourtant la Constitution elle-même le prévoit et Abass Bonfoh président du parlement n’a pas exclu cette éventualité d’interpellation du gouvernement par rapport à la vie chère lors de son discours d’ouverture de la première session du 1er avril 2008. On est en droit de se demander ce que cherche réellement le Bélier noir ? Lui un juriste de renom qui devrait connaître par cœur la Constitution togolaise.

Les individus du genre d’Agboyibo sont dangereux pour la démocratie au Togo. L’on peut constater jusqu’ où il peut aller dans un raisonnement incongru reniant ses propres convictions et des valeurs universellement partagées par des peuples juste pour son intérêt personnel. Qu’il souffre alors qu’on lui dise la vérité : les législatives d’octobre dernier ont permis aux Togolais et à l’ensemble de la communauté internationale de savoir le poids réel de chaque parti politique au Togo. Elle a aussi permis de ranger dans les placards les politiciens plaisantins et les hommes à deux casquettes. Elle a permis enfin , de comprendre que les forces centristes dont le CAR se réclame n’existent pas sur la scène politique togolaise. A partir de cet instant, les dangereux opportunistes, pécheurs en eaux troubles qui s’adaptent à toutes les situations et qui cherchent désespérément à ramener le Togo à l’époque moyenâgeuse par un dangereux concept de cogestion qui devrait mettre en parenthèse toutes les élections dans le pays pour une durée indéterminée n’ont plus leur place sur la scène politique togolaise. Que Agboyibo cherche à composer avec le RPT avec lequel il a beaucoup de choses en commun, c’est son droit le plus absolu puisqu’il connaît déjà le chemin qui y conduit. Mais qu’il cherche à embobiner les Togolais dans ses plaisanteries de mauvais goût , voilà qui est inadmissible. Alors qu’il arrête de nous prendre pour de pauvres cons. Nous n’avons que faire de sa cogestion ; point barre.

Simon de FANTI, tultogo.com
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