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31 mars 2008
Togo : trois ans après l’arrivée de Faure au pouvoir la gestion mafieuse et clanique des ressources de l’Etat continue

C’est une préoccupation qui mérite d’être soulevée surtout en ce moment où les togolais sont dans une misère ambiante, écrasés par la cherté de la vie et l’incapacité du gouvernement à remplir ses obligations les plus élémentaires à savoir le payement des salaires, des pensions de retraite et des allocations familiales. De Cinkassé à Djankassè, la misère se lit sur tous les visages. Le gouvernement dans un récent communiqué affirme que la pauvreté au Togo est autour de 67%. Même si ces chiffres sont contestés par des spécialistes qui pensent que le taux réel serait autour de 80%, il faut noter que cette pauvreté est plus enracinée dans la région septentrionale, lieu d’origine de la plupart des barons du pouvoir que dans le Sud. A Lomé, les indicateurs de pauvreté sont visibles à tous les coins de rue. Des gargotes aux cabines téléphoniques, des étalages sur les trottoirs aux débits de boisson, l’augmentation exponentielle des taxi-moto, bref les populations ne cessent d’inventer des activités pour survivre. Le secteur informel signe d’une économie en décrépitude continue de prendre des proportions inquiétantes au Togo.

Depuis trois ans qu’il est au pouvoir, Faure Gnassingbé semble avoir perdu le gouvernail. Comment pouvait-il en être autrement pour un soi-disant dirigeant qui passe tout son temps à voyager ou à entretenir ses nombreuses maîtresses. Que personne ne se fasse d’illusions, avec le règne du RPT et sous la coupe des Gnassingbé, le vol , le pillage des ressources, le détournement, la corruption, le blanchiment de l’argent sale, le népotisme feront toujours lésion. Dès son arrivée au pouvoir, pour s’assurer d’une main mise totale sur les ressources du pays, l’homme s’est empressé de confier les postes juteux à ses amis ou à ses intimes.

Ainsi, que ce soit au FER, à Togotélecom, aux douanes, aux impôts, au PAL, aux phosphates, aux postes clés du gouvernement, ce sont les copains de Faure qui tiennent les commandes et impriment le rythme à suivre . La constitution toilettée fait désormais du Président le seul maître à bord. Dans la pratique l’on peut constater que tout part de Faure et tout revient à lui. Le gouvernement et le Premier ministre ne sont que des pantins aux services d’un homme. Quant au parlement, même s’il est aujourd’hui admis que l’opposition y est entrée, le RPT disposant d’une majorité, le Président de la République se sent libre comme un poisson dans l’eau. Drôle de démocratie au Togo où toutes les institutions sont des coquilles vides et le pouvoir concentré dans les mains d’un seul homme qui avec ses copains se livrent à un pillage systématique des recettes de l’Etat.

Ce ne sont pas des accusations sans fondement ou des paroles en l’air. Nos investigations révèlent curieusement que les recettes fiscales, douanières et parafiscales ne rentrent plus directement au trésor. Comme au bon vieux temps de son père, Faure Gnassingbé perçoit désormais une partie des fonds avant de verser le reste dans les caisses de l’Etat. Ses copains qu’il a placé à la tête des ces sociétés ne sont pas du reste, ils s’en servent allégrement autant que possible.

Quand les ressources des douanes et impôts tombent dans l’escarcelle des barons du pouvoir

Au cours du mois de février 2008, il s’est passé en France un fait gravissime impliquant deux hauts fonctionnaires togolais. Ce scandale qui s’est déroulé en France révèle la manière dont les ressources du pays sont gérées par Faure et ses copains.

En effet le Directeur des douanes togolaises et la directrice des impôts ont été appréhendé par les services de sécurité françaises en train de faire des achats dans un supermarché avec une faramineuse somme de 40 millions de francs CFA en liquidité. Si à Lomé, les pontes du pouvoir peuvent dissimuler des milliards dans des puisards ou circuler en ville avec des centaines de millions dans leurs véhicules, en France il n’est pas permis de circuler avec une pareille somme et cette disposition, les copains de Faure semblaient l’ignorer. Interrogé sur la provenance de cette somme, nos deux fonctionnaires indélicats se sont empressés de présenter leurs passeports diplomatiques. Comme dans ces genres de situations, et pour éviter que le scandale ne fasse le tour des journaux, le pouvoir français s’est rapidement saisi du dossier et l’affaire a été réglé au haut niveau c’est à dire entre les dirigeants des deux pays. Quant aux deux fonctionnaires indélicats ils ont pu regagner Lomé sans aucune inquiétude.

C’est un secret de polichinelle, le blanchissement d’argent sale est toujours l’œuvre des pontes du pouvoir ou de leurs proches. La fameuse commission de lutte contre le blanchiment d’argent dont la composition a été annoncé ce 25 mars 2008 au conseil des ministres ne servirait à rien, à la limite c’est une nouvelle trouvaille du pouvoir de Lomé pour flouer l’opinion internationale et donner l’impression d’une volonté d’assainir les milieux des affaires. Il ne serait donc pas étonnant que les vrais responsables de ces actes criminelles qui sont au sein du pouvoir passent entre les mailles de cette commission.

Cette affaire loin d’être un fait banal laisse apparaître la manière dont les ressources du Togo sont actuellement gérées. Que faisaient ces deux directeurs avec autant d’argent dans un supermarché à Paris ? S’agissait-il d’une opération de blanchiment ? Nul ne saurait le dire avec exactitude. Il faut préciser que ces deux directeurs dont l’un est proche de Faure et l’autre est son intime cumulent des postes de direction des sociétés d’Etat depuis trois ans. Le directeur des douanes est en même temps le directeur de Togo cellulaire. La Directrice des impôts est toujours à la tête de la BRVM( Bourse Régionale des Valeurs Immobilières) et membre du conseil d’administration de la SNPT la nouvelle société des phosphates du Togo qui peine jusqu’à ce jour à démarrer ses activités créant une situation de non droit dans la filières des phosphates. Des informations de sources concordantes et parfois venant même des proches du pouvoir indiquent l’acquisition par ces individus de luxueux appartements dans certains quartiers huppés de Paris, et dans d’autres villes européennes et américaines. Concernant les impôts, depuis la nomination de cette dame, l’on n’a cessé de tambouriner sur cette guerre qu’elle livre aux délinquants fiscaux. Mais à y voir de très près, c’est en réalité le bras armé de Faure qui liquide tous les hommes d’affaire supposés proches de son frère Kpatcha. La première victime fût le tout puissant Bassam El Najar obligé de quitter précipitamment le Togo. Sa société d’importation de voitures d’occasion se trouve aujourd’hui dans les mains des proches de Faure qui se livrent aux mêmes pratiques. L’autre victime qui défraye actuellement la chronique est la société Samex et le supermarché le Champion également supposé proche de l’ancien ministre de la défense. Depuis deux mois elle est fermée pour une affaire de 12 milliards d’impôts impayés. Malgré toutes les propositions faites par les responsables de cette société à savoir le payement d’une partie et le reste par la suite, la directrice des impôts reste intraitable. Rappelons que cette société emploi environ un millier de Togolais sur l’ensemble du territoire nationale et génère par la même occasion des emplois secondaires. La question est de savoir si la société reste toujours fermée, comment pourra t-elle payer les 12 milliards à l’Etat togolais qui affirme sur tous les toits que les caisses sont vides. Nous sommes d’avis que tous ceux qui d’une manière ou une autre font des affaires au Togo en contournant les services des impôts soient contraints par la loi. Mais nous ne saurions apporter notre caution à une opération de règlements de compte dont les fonds récoltés servent à faire des achats dans les supermarchés ou à achetés des appartements en France et ailleurs. En d’autres termes si la chasse aux délinquants fiscaux entamée par cette dame porte ses fruits comme on ne cesse de le claironner, pourquoi le gouvernement togolais est incapable de payer les maigres salaires des fonctionnaires, les aides des étudiants, les insignifiantes primes de garde des médecins ? Pourquoi le pouvoir de Faure peine à faire face à la cherté de la vie et à la crise sociale ? Nous sommes persuadés que les recettes ne vont pas dans les caisses de l’Etat togolais mais servent à autre chose. C’est pour cette raison que Faure et ses acolytes malgré leurs déclarations de bonne volonté hésite à mettre sur pied la Cour des Comptes. Le Togo est le seul pays de l’UEMOA qui ne dispose pas jusqu’à ce jour d’une Cour des Comptes. Malgré les incessants rappels de l’institution sous régionale, le Togo continue de faire la sourde oreille. Quant à l’opposition au Parlement, elle assiste impuissante à cette course au pillage de nos ressources. En clair toutes les dispositions constitutionnelles et institutionnelles devant servir au contrôle de la gestion des ressources de l’Etat n’existent pas ou sont des coquilles vides et ceci pour le plus grand bonheur des nouveaux pilleurs.

De la gestion hasardeuse des fonds de l’Etat au marathon de l’embourgeoisement

Au Togo s’il existe une réalité qui saute aux yeux c’est l’embourgeoisement d’une infime partie de la population composée en générale des barons ou des pontes du pouvoir et des hommes d’affaire véreux auxquels ils sont associés. Des voitures de luxe, des 4X4 rutilantes, des immeubles et des villas prestigieux ; Voilà ceux à quoi on assiste dans un pays où il n’existe pratiquement plus de routes, où les municipalités sont incapables d’électrifier les villes et particulièrement la capitale devenue un grand centre de dépôt d’ordures. Bref le contraste entre le niveau de vie de ces gens et la dégradation avancée des infrastructures du pays est édifiant. Depuis 3 ans, nonobstant les avancées économiques dont on parle et qui ne sont visibles nul part, aucun véritable chantier n’est ouvert dans le pays. La course au pillage des ressources apparaît désormais comme l’objectif premier des gouvernants y compris le premier d’entre eux. Ainsi plusieurs stratagèmes sont souvent inventés par les responsables des sociétés pour détourner les fonds. Faure lui même et ses proches sont passés maîtres dans cet art de tourner en bourrique les populations et même les partenaires en développement.

Depuis un an le Togo a intégré le processus de Kimberley et participe régulièrement aux réunions des pays producteurs de diamant. La question qui vient juste à l’esprit est de savoir si on exploite le diamant au Togo ? Le profane dira certainement non mais la vérité est que cette pierre précieuse est clandestinement exploitée au Togo quelque part dans les montagnes d’Akposso où des terres ont été réquisitionnées sous le fallacieux prétexte de la création d’une zone d’entraînement pour les militaires. C’est donc dans cette zone de non accès aux populations de cette région que l’on exploite allègrement le diamant. Où vont donc les ressources de cette exploitation ? Faure pour maintenir un silence autour de cette activité s’est habilement débarrassé du ministre Gnininvi envoyé aux affaires étrangères et a nommé un de ses proches Noupokou Damipi aux mines et énergie. Ce dernier veille désormais sur les intérêts de son patron. Des informations recueillies dans les arcanes du pouvoir font état de ce que Faure lui même crée des sociétés fictives dans les paradis fiscaux au Bahamas qu’il fait revenir au Togo sous le couvert d’investisseurs à qui l’on a récemment attribué l’exploitation de certains minerais que sont la bauxite, le fer. Il s’agit en l’occurrence de la société MM Mining qui arraché ce contrat d’exploitation. D’un autre côté ce sont les proches de Faure qui s’illustrent aussi par des détournements spectaculaires. Au Togo le gouvernement a construit depuis un certain temps des péages sur des routes qui ressemblent à des pistes de moto-cross. Jusqu’à ce jour aucune situation exacte sur les recettes de ces fonds de péage n’a été fait aux togolais. L’on ignore d’ailleurs ceux qui gèrent ces péages. Et pourtant le DG du FER( Fonds d’Entretien Routier) a récemment passé un contrat de gré à gré de 7 milliards de francs CFA à des amis pour le replâtrage des routes. Au Togo le replâtrage des routes est un sport national en ce sens qu’il constitue un grand réseau de détournement des fonds du FER. Une petite investigation révèle que dans ce domaine de replâtrage des routes l’on compte une trentaine d’entreprise dont la plupart sont des propriétés des barons ou leurs proches.

A l’heure où l’on annonce le retour des partenaires, nous ne savons pas si l’UE dispose des mécanismes assez efficaces pour contrôler non seulement l’usage des fonds alloués à l’Etat togolais mais aussi de mettre à jour les ruses dont le pouvoir se sert pour dissimuler d’éventuels malversations. Pour preuve l’UE a alloué une importante somme à notre pays pour la réfection des pistes rurales sur l’ensemble du territoire national. Après un simulacre d’appel d’offre, Gilbert Bawara a confié les travaux à des entreprises douteuses dont la plupart appartiennent à ses proches et amis. Voilà un cas de ruse dont on se sert pour mettre la main sur les fonds alloués à l’Etat Togolais. Nous avons aujourd’hui l’obligation de mettre à jour toutes ces pratiques qui enfoncent notre pays et réduisent nos populations à la mendicité. Il est évident au regard de tout ce nous relatons ici que la gestion de Faure Gnassingbé est encore plus que calamiteuse. Dans ce cas aucun investisseur sérieux ne viendra investir dans un pays où la justice continue par être rendue selon la tête du client. Malgré les sommes colossales investies par l’UE dans un vaste programme de modernisation de la justice togolaise, cette réforme semble s’enlisée depuis un certain temps et ceci sous le regard inquiétant des bailleurs de fonds. Comment pouvait-il en être autrement dans un pays où la plupart des magistrats, des avocats et des auxiliaires de justice sont des corrompus ou mêlés à des réseau de grand banditisme comme le trafic de drogue et de stupéfiant. Comment peut-on investir dans un pays où du jour au lendemain les services des impôts sous un fallacieux prétexte peut faire couler toute une entreprise. La société MOOV qui est arrivée au Togo avec une ambition de faire de la téléphonie mobile un outil à la portée de tous les togolais a dû revoir ses ambitions à la baisse.

Ce sombre tableau que nous venons de peindre n’est qu’une partie visible de l’iceberg. L’économie togolaise est dans les mains de véritables bandits sans scrupules qui ne cherchent qu’à garnir leurs comptes dans les paradis fiscaux. Demander à ces gens d’appliquer les principes de la bonne gouvernance en luttant contre la corruption, en assainissant le cadre macroéconomique ressemblerait à un hara-kiri et nous ne pensons pas que les jeunes loups aux dents très longues qui tiennent les rênes du pouvoir à Lomé sont prêts à abandonner ces pratiques mafieuses. Comme on peut se rendre compte, le pouvoir au Togo n’a pas fondamentalement changé au contraire il utilise une méthode très rusée basée uniquement sur des effets d’annonces et des intentions de bonne volonté pour tourner en bourrique l’opinion nationale et internationale. Tous ceux qui par naïveté, trouve des circonstances atténuantes à Faure doivent revoir leurs copies car, l’homme n’est pas fondamentalement différent de son père, et le réseau qu’il est actuellement en train d’installer dans le pays pour mettre la main sur toutes les ressources seraient très difficile à démanteler si, ceux qui ont encore le souci d’œuvrer pour l’instauration d’une véritable et réelle démocratie au Togo ne prennent leur responsabilité devant l’histoire pour débarrasser le pays de cette clique politico-mafieuse.

Simon de FANTI
Collaboration technique depuis Lomé: Xavier NOUGBLEGA
Si on veut la réconciliation, on ne doit pas revenir sans cesse sur ce qui nous a séparé...
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