Faure distribue de l’argent dans les casernes pour apaiser les tensions nées de l’éjection de Kpatcha du ministère de la défense

L’éjection de Kpatcha Gnassingbé du gouvernement de Komla Mally n’en finit pas de faire des vagues surtout parmi les premiers concernés c’est à dire les militaires. Si certains se sont réjouit de cette décision pour la seule raison qu’elle contribue à décrisper l’atmosphère et à consacrer Faure comme le seul maître du bateau, pour d’autres ce n’est rien qu’un règlements de compte familiale qui au contraire va aggraver la tension dans le pays.
Les faits de ces derniers jours commencent par donner raison aux partisans de la seconde thèse. Après plus de deux années passés à la tête du ministère de la défense, Kpatcha Gnassingbé a su créer à coup d’argent de solides relations depuis les officiers jusqu’au hommes de rangs qui ne sont pas prêts aujourd’hui à le laisser tomber. Il serait exagéré de dire qu’il est le vrai patron de l’armée comme l’affirme certains, néanmoins il a su marqué son passage et il y compte encore des fidèles.
Depuis quelques jours des rumeurs non fondées font état d’un ultimatum que certains militaires auraient adressé à Faure afin qu’il rétablisse son frère au ministère de la défense autrement ils seront obligés de passer par la méthode forte. Bien qu’il soit difficile de vérifier ces informations, il faut constater tout de même que certains faits et gestes tendent à faire croire que la sérénité n’est pas dans la maison et ceci pour plusieurs raisons.
La panique du pouvoir suite à l’interview de François Boko
Pour Faure Gnassingbé et son bataclan, la page des élections est désormais tournée et le Togo avec la reprise de la coopération a retrouvé sa place dans le concert des nations et surtout qu’il a réussi à se débarrasser pour le moment en douceur de son frère devenu encombrant. De plus, l’UFC a désormais compris qu’après ses propres turpitudes, sa place se trouve désormais au parlement. Ainsi pour l’usurpateur du 05 février, la voie était désormais balisée pour une avancée sans obstacles.
C’est donc dans ce ciel apparemment serein que l’interview de Boko sur RFI interviendra comme un coup de tonnerre. Très offensif, l’ancien ministre de l’intérieur toujours égal à lui même n’a pas ménagé le pouvoir de Faure au même titre que l’UE qui a délibérément fait le choix de fermer les yeux sur les énormes irrégularités constatées lors du scrutin du 14 0ctobre 2007. Il a appelé le peuple à prendre à charge son propre destin. Parlant des relations entre les deux frères, son interview a laissé croire qu’il prenait fait et cause pour Kpatcha contre Faure et c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et mis la maison en ébullition surtout qu’avant la diffusion de cette interview Kpatcha Gnassingbé était aperçu du côté de Paris entrain de faire du lobbying dans les milieux politiques français. De là, à croire qu’il aurait pris langue avec l’ancien ministre de l’intérieur il n’existait qu’un pas que le camp de Faure a vite franchi même s’il est admis par tout le monde que Kpatcha n’est pas la tasse de café de Boko. Pris de panique, une réunion a été rapidement convoquée par la haute hiérarchie militaire avant d’être avorté. Les dispositifs de sécurité ont été renforcé de manière discrète alors qu’il en était rien.
Kpatcha et les cadeaux de fin d’année aux militaires
Pour asseoir son autorité et gagner la confiance de l’armée, Kpatcha ne lésinait pas sur les moyens. La fin d’année correspondait souvent à une période de joie pour l’ensemble des soldats et pour cause l’homme distribuait à tous de l’argent, des sacs de riz, de maïs et pleins d’autres choses. Ces dons contribuaient à soulager tant soit peu des soldats qui doivent entretenir des familles nombreuses avec un salaire de misère. Pour la plupart de ces soldats Kpatcha malgré tout ce qui se racontait sur lui était un bon samaritain. Ils étaient donc dans l’attente des fêtes de fin d’année pour recevoir comme d’habitude les cadeaux lorsqu’à la formation du gouvernement, ils apprirent que leur papa bonheur n’était plus cette fois-ci de l’aventure familiale . Il fallait donc pour la majorité faire le deuil des cadeaux de fin d’année, une situation inacceptable surtout que Faure Gnassingbé est perçu comme un homme radin, beaucoup plus occupé par ses nombreuses maîtresses que les conditions de vie des militaires. L’éviction de Kpatcha du ministère de la défense n’était pas tout bien accueillie dans les casernes surtout qu’au RPT un adage dit que le
« chien ne suit que celui qui lui donne à manger »
L’ annonce du retour de BITENEWE mal vue par la haute hiérarchie militaire
Le troisième élément qui a contribué à alourdir la situation est le probable retour du tristement célèbre colonel Kouma Biténéwé pour réorganiser non seulement services sécuritaires de la présidence mais aussi l’armée. Même si aucun acte officiel n’a confirmé ce retour annoncé par certains journaux, plusieurs officiers redoutent le fait qu’il se voit confier la gestion discrète du ministère de la défense rattaché à la présidence de la République. Pour la petite histoire, il faut rappeler que même si l’armée togolaise est majoritairement composée de la même ethnie et que la plupart des officiers proviennent de Pya le village natal de feu Eyadema, il est admis que les relations entre ces officiers sont souvent conflictuelles surtout que la plupart ont souvent recours soit au zèle ou à la délation pour monter en grade. Le sulfureux colonel Bitenewé n’était pas un enfant de cœur non seulement pour les togolais ordinaires mais aussi pour l’ensemble des militaires et surtout des officiers qui ont eu à subir de par le passé ses méthodes de liquidation et d’épuration. En clair le retour annoncé de ce bouillant officier et le rôle qu’on s’apprête à lui attribuer ne sont pas de nature à rassurer ses frères d’armes même ceux qui étaient dans le même corps que lui.
Le doute sur la célébration du 13 janvier.
Pendant tout le long règne des gnassingbé qui continue d’ailleurs, tout a été fait pour démontré à l’armée togolaise que le 13 janvier était une fête de libération nationale, le symbole de la victoire du bien sur le mal. Eyadema lui même ne cessait de dire aux militaires que le 13 janvier 1963 consacrait la naissance de l’armée togolaise que Sylvanus Olympio n’avait jamais voulu sur la terre de nos aïeux.
A chaque 13 janvier, date anniversaire de l’assassinat de Sylvanus Olympio par une horde de demi soldes démobilisés de la guerre d’Algérie dont Eyadema était le chef de file, les militaires togolais depuis plus de 40 ans paradent dans les rues de Lomé avec exhibition des muscles, des canons, des chars, des fusils d’assaut qu’ils utilisent régulièrement pour réduire au silence l’ensemble du peuple togolais qui ne demande qu’à vivre en liberté. Pour ceux qu’on appelle souvent les forces vivent convoyées de l’intérieur du pays vers la capitale dans des camions de la SOTOCO comme du bétail, c’est l’unique occasion de découvrir Lomé la belle mais qui en réalité présente l’aspect d’une ville abandonnée . A la fin d’une chaude journée faite de démonstration de force, le premier bénéficiaire de tout ce boucan gratifie les
« défilants » à coup de billets de banque et après c’est la ripaille. Enfin de compte, ces bêtises coûtent au Togo et ceci depuis des décennies des milliards de francs CFA qui auraient pu servir à construire des hôpitaux, à tracer des routes, à construire des écoles bref à amélioré le quotidien des togolais. La célébration du 13 janvier n’a jamais connu l’adhésion de la majorité du peuple togolais malgré les montages rocambolesques qui sont souvent organisés autour de ce funeste évènement.
Depuis les togolais demandent l’annulation pure et simple de cet évènement qui n’est rien d’autre qu’une escroquerie de l’histoire au service d’une cause néocoloniale. Nous sommes donc à quelques jours de l’évènement mais aucun signe visible ne montre que cette fois les choses se dérouleront comme par le passé. Nos investigations pour en savoir plus révèlent qu’en réalité la célébration de cette fête ne fait plus vraiment l’unanimité au sein du pouvoir. Le débat s’est déplacé des arcanes du RPT vers les casernes où certains militaires ne souhaitent pas voir cette date passés inaperçue. Du côté de Faure l’embarras est total ; soumis à d’énormes pressions de l’extérieur pour que cet événement soit abandonné dans l’optique de la réconciliation qu’il prône lui même, il devra faire le choix entre le respect de la tradition ou l’ouverture au risque de s’attirer la colère de ceux qui l’ont aidé à trucider 1000 togolais le 25 avril 2005 pour s’emparer du pouvoir.
Joins au téléphone par notre rédaction, le leader de la CDPA qui a fait le choix d’intégrer le gouvernement affirme qu’il travaille aujourd’hui à lever les écueils afin de baliser le chemin pour l’instauration d’une réelle démocratie au Togo. Il estime que l’abandon de cette fête serait un grand signe pour l’ouverture tant prônée et contribuerait à détendre l’atmosphère dans le pays. En réalité, Faure cherche à couper la poire en deux et selon toujours nos informations, il n’y aurait pas de parade dans les rues de Lomé comme d’habitude mais en revanche, on assisterait à des réjouissances dans les casernes. Une solution qui n’est pas du goût de ceux qui tiennent par tous les moyens à battre le pavé. Nous sommes à 10 jours de cet évènement et les jours à venir nous diront l’option qui est finalement retenue.
Des centaines de millions distribués aux militaires dans les casernes
Cette situation délétère dans les casernes n’est pas de nature à rassurer le locataire du palais de la Marina surtout que son jeune frère est toujours en embuscade. Alors Faure recours au grands moyens comme au temps de son père pour calmer la grande muette. Le deux jours précédant la Saint Sylvestre, des mallettes de billet de banque ont été convoyés dans toutes les casernes du pays et chaque militaire homme de rang s’en est sorti avec
100 000f CFA. Quant aux officiers leur traitement a été spécial. En dehors des militaires, les femmes qui font l’entretien du boulevard Eyadema et les abords de la cité OUA et Lome2 ont obtenu chacune
15 000f cfa et le plus inquiétant concerne les éléments de la milice proche de Faure qui ont reçu chacun
50 000f cfa. L’APG signé à Ouagadougou a exigé le démantèlement de ces milices mais lorsqu’on voit le traitement qui leur est réservé en ce moment on ne peut que s’inquiéter de la suite.
Mais la question fondamentale est de savoir où à t-on trouvé des centaines de millions pour distribuer dans les casernes en ce moment où le gouvernement peine à faire face aux conditions de vie des travailleurs togolais. Plusieurs observateurs avaient émis des réserves sur la gestion saine et rigoureuse des fonds issus de la reprise de la coopération estimant qu’ils peuvent servir à entretenir les piliers du régime. Il ne serait pas exagéré de souscrire à cette inquiétude vu ce qui se passe actuellement. Décidé à mener la vie dure à son frère dont il est convaincu qu’il cherche à l’éliminer, Faure risque dans une attitude de survie d’engager des dépenses outrancières dans l’unique but de consolider son pouvoir et d’évincer les réseaux de son jeune frère. A peine la coopération a repris que les gaspillages ont commencé ; dans le cas d’espèce de ce qui vient de passer si nous estimons que l’armée togolaise compte 20000 hommes et que nous multiplions ce chiffre par
100 000f la part de chaque militaire, nous trouvons 2 milliards de francs distribués sans compter le traitement spécial des officiers, la part des milices et des balayeuses et tout ceci dans un pays économiquement sous perfusion. Sans être un oiseau de mauvais augure et malgré les apparences, l’on peut facilement dire que l’année 2008 s’annonce difficile pour la politique au Togo où en l’absence d’une opposition crédible et responsable ; le peuple est résigné à suivre en spectateur la fratricide guerre des clans qui se déroule au sein du pouvoir.
Bonne et heureuse année 2008.
Simon de Fanti, tultogo.com