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19 décembre 2007
Sarko, pas de larmes de croco

« Le génocide au Rwanda doit nous faire réfléchir à nos faiblesses et à nos erreurs. » Ces paroles prononcées par, Nicolas Sarkozy, président de la République française, en marge du sommet Europe Afrique de Lisbonne, au Portugal est d’une très grande portée historique et politique et mérite qu’on y réfléchisse. Portée historique parce que rarement dans l’histoire contemporaine, les dirigeants des grands pays qui ont modifié le cours du devenir des peuples en s’ingérant militairement et souvent à travers des actions violentes et inhumaines relevant de la pure barbarie, n’ont pu accepter de porter la lourde responsabilité morale de la reconnaissance de leurs fautes. Les plus courageux attendent que se passent des décennies voire des siècles avant de demander pardon au nom de leur pays ou de leur peuple. Ces paroles mesurées de Sarkozy, adressées aux dirigeants et au peuple Rwandais sonnent comme un mea culpa destiné à réconcilier la France avec Kagamé et tous les Rwandais fâchés à cause du rôle de la France dans le génocide des Tutsi et des Hutu modérés, en 1994. Portée politique parce que la France très soucieuse de son influence culturelle et politique face au camp anglo-saxon espère ramener ainsi le Rwanda qui, ces dernières années a pris l’option délibérée de s’ouvrir aux anglophones, dans le camp de la famille francophone. Mais au-delà de ces considérations culturelles il y a tout l’espoir de récupérer Kagamé, un homme qui pèse lourd politiquement et dont l’influence est incontournable dans la recherche de solutions aux graves conflits larvés, en cours ou potentiels des régions des Grands Lacs, une poudrière. Et, nul n’ignore aujourd’hui quel enjeu représentent les Grands Lacs dans cette nouvelle course que se livrent les grandes puissances occidentales entre elles et avec les nouvelles puissantes émergentes pour le contrôle des matières premières. Car si cette région compte parmi les plus riches du monde pour ses minerais, elle est surtout une région indispensable pour certains de ses minéraux hautement stratégiques qu’on ne trouve nulle part ailleurs au monde. Sarko a donc abattu une grosse carte. Et il a marqué un gros point dont il peut attendre des résultats. Mais cela ne suffit pas pour qu’lui donne un bonus. Parce que, il ne sert à rien de demander pardon pour la galerie ou pour jouer au Nelson Mandela lorsqu’en réalité on se fout de ce que d’autres Rwanda peuvent se produire en Afrique toujours à cause de certaines « erreurs » que la France politique ne cesse de commettre en Afrique. La classe politique française qu’elle soit de gauche, du centre ou de droite ; de De Gaulle à Chirac en passant par Giscard et Mitterrand, a passé son temps à soutenir des tyranneaux aux mains souillées de sang et à s’accoquiner avec les voyoucraties africaines contre les intérêts de leurs populations. Le soutien délibéré aux dictateurs, les politiques de déstabilisation menées ont conduit des pays comme le Congo, et le Gabon à la faillite économique et à l’échec dans la construction nationale. Parce qu’il faut à tout prix s’opposer à l’influence des Anglos Bamilékés du Cameroun, Paul Biya, est maintenu au pouvoir, poussant le pays dans un immobilisme nuisible à son épanouissement politique et économique. Mais ce sont le Tchad et la Rca qui sont les plus grandes victimes d’une politique française aux relents néocolonialistes qui mériterait Sarko ,le rédempteur et le miséricordieux, une attention particulière et pourquoi pas un mea culpa…Car Sark sait- il que les Tchadiens et les centrafricains, pendant près d’un siècle de colonisation, les affres des travaux forcés à tout point comparable aux conditions imposées par le code noir ? Sait- il que dans la politique d’extraversion économique de la France, ces deux pays, pourvoyeuse de main d’œuvre ont connu la déportation de leurs populations à des milliers de kilomètres de leurs communautés et cela sans jamais aucune compensation ? Tout cela ne méritait-il pas un clin d’œil, un mea culpa ? Ou bien est-ce parce que c’est très loin dans l’histoire ? Dans ce cas, il ne doit, par contre, pas ignorer ce que la France a fait du Tchad indépendant ? Est- ce rien d’avoir porté au pouvoir un dictateur sanguinaire comme Hissène Habre, de l’y maintenir pendant huit de lui donner les moyens de réprimer ou tout au moins de le laisser se livrer à un massacre à grande échelle des ses compatriotes, les uns parce que d’ethnie et de religion différentes les autres pour s’être opposés à sa politique ? Est-ce rien du tout, soutenir un homme pour qu’il extermine quarante mille de ses compatriotes ? Pourquoi la toute puissante force d’intervention française, alors et toujours présente aux Tchad n’est-elle pas intervenue pour arrêter ces massacres ? Pourquoi cette même force intervient –elle aujourd’hui pour soutenir un autre dictateur porté toujours et encore au pouvoir par la France ? Alors, Sarko ignore-t-il que sous Hissène Habré, la main noire qui a frappé, avec zèle les jeunes, les cadres et les élites du sud parce qu’ils ont, tout simplement commis le tort d’être de religion et d’ethnie différentes, est celle de Idriss Déby ? N’est-on pas génocidaire quand on procède à une extermination de masse ciblée sur des communautés à cause de leurs différences ?Idris Deby Ithno, même s’il n’est pas génocidaire peut au moins être taxé de criminel de guerre ! N’est-il pas, selon les associations des droits de l’homme, responsable, depuis son accession au pouvoir de l’extermination de 25000 personnes dont la plupart des civils et ce, de 1990 à 1999 ? Ne s’en est-il pas pris, successivement et de manière méthodique : aux Kanembous, aux hadjeraî, aux Gor, aux Ngambaye, aux Ouaddaïens, et maintenant aux Arabes et aux Tama ? Qu’est-ce qui explique le choix et le soutien par la France d’un homme qui s’est appliqué à détruire le maigre patrimoine économique que lui ont légué ses prédécesseurs et qui tue les Tchadiens de misère et malgré pétrole ? Pourquoi la France s’est-elle servie de cet homme pour déstabiliser la Rca et l’envoyer au fond du gouffre ? Si Sarkozy est au courant de tout ça, et qu’il reconnait comme il l’a fait que l’armée française est au Tchad pour l’appuyer, alors, de grâce, qu’il cesse de verser ses larmes de crocodiles. Personne n’en a besoin aux Tchad.

Nadjikimo Bénoudjita, Notre temps
Si on veut la réconciliation, on ne doit pas revenir sans cesse sur ce qui nous a séparé...
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