Faure Gnassingbé à l’épreuve de la bonne gouvernance

La décision de la reprise de la coopération vient d’ être notifiée officiellement au gouvernement togolais. Après 17 ans d’isolement pour cause de déficit démocratique voilà le Togo vient de réintégrer le cercle des pays fréquentables. Des fonds sont déjà débloqués par l’UE et les partenaires financiers sont depuis une semaine dans notre pays pour discuter et établir une feuille de route dont l’objectif est la relance de l’économie nationale.
Le RPT est en fête depuis l’annonce de cette reprise qu’elle considère d’ailleurs comme une victoire, la réparation d’une injustice qui permettra au peuple togolais de retrouver le sourire.
Mais ce qu’on oublie du côté du RPT, la reprise de la coopération peut également entraîner des mouvements sociaux des étudiants, des fonctionnaires qui depuis bientôt deux décennies ont été privés de bourses, pour les premiers et d’avancement pour les seconds.
En effet depuis 17 ans le pouvoir des Gnassingbé à utilisé la rupture de la coopération avec l’UE pour se dérober de ses devoirs les plus élémentaires à savoir le payement des salaires, des bourses, des pensions des retraités et des allocations familiales et pourtant, selon des observateurs, le gouvernement togolais avec les ressources propres de notre pays pourrait s’acquitter facilement de ces tâches.
En réalité c’est pendant cette période de rupture qu’on a assisté au Togo, au détournement de toutes sortes et à la mauvaise gestion des sociétés d’Etat. Le départ des allemands de la gestion du port après la rupture de la coopération, a permis au pouvoir d’Eyadema et de son fils de prendre possession de cet important poumon de l’économie du pays où se déroulent les trafics de tout genre et les activités peu recommandables, source d’enrichissement illicite des barons du pouvoir. Au nom de la rupture de cette coopération, la gestion des ressources du Togo est devenu une affaire de famille, de copains, d’amis dont l’objectif principal est de siphonner au maximum l’économie nationale. A ce jour beaucoup de sociétés d’Etat sont à l’agonie ou sont sur le point de mettre la clef sous le paillasson. Nous pouvons citer la BTCI , la BTD, la SOTOCO, l’UTB, CEET , TDE, l’ancienne OTP etc… Les marchés publics sont attribués sans aucune forme de procédure, les routes sont dans un état piteux et font l’objet tous les jours de rafistolage par des sociétés appartenant aux barons. Les responsables de ses crimes économiques circulent librement et sont à l’abri de toute poursuite judiciaire. Certains ont d’ailleurs réussi à se faire élire député lors des dernières législatives s’assurant du coup une immunité parlementaire.
Bonne gouvernance ? le dernier souci de Faure Gnassingbé
Faure gnassingbé l’économiste pointilleux selon Jeune Afrique, n’a que faire de la bonne gouvernance. Et pour cause, depuis deux ans et demi qu’il est aux affaires, nous assistons à une gestion calamiteuse des ressources de l’Etat et ceci dans l’impunité totale. En dehors de la mainmise de la famille Gnassingbé sur la plupart des secteurs vitaux du pays, Faure lui même créé son propre réseau à travers la nomination des amis, des copines, des beaux frères et beau père à la tête de certaines sociétés de l’Etat. Ainsi depuis plus deux ans la maîtresse de Faure Ingrid Awadé, cumule les postes de DG des impôts et de la Bourse Régionale des Valeurs. Elle est également membre du conseil d’administration de la nouvelle société des phosphates. Bidamon Dèdèriwè un proche de Faure cumule également la direction des douanes à celle de Togo cellulaire depuis plus d’un an déjà. Nous pouvons multiplié à loisir les cas du côté de Faure. Quant à Kpatcha Gnassingbé, il est à la fois DG de la SAZOF, ministre de la défense, et responsable de nombreuses sociétés écran. Le pouvoir de Faure consacre l’impunité en ce sens que ses propres collaborateurs sont libres de disposer et de dépenser les fonds publics sans aucune crainte. Payadowa Boukpessi, tout puissant ministre des finances, avait été limogé du gouvernement sans aucune raison officielle. Des investigations ont montré qu’il a dilapidé l’emprunt obligataire que le gouvernement togolais avait lancé pour mettre l’économie nationale sur les rails. Ensuite il était impliqué avec Bodjona Pascal dans une affaire de lobbying avec Rosa Whitaker ayant occasionné des sorties injustifiées d’importants fonds du Trésor. Bodjona quant à lui avait envoyé à sa femme en instance d’accouchement au USA la bagatelle somme de 100 millions de francs CFA.
Malgré tout ceci ces messieurs continuent de circuler tranquillement à Lomé et parfois narguent les citoyens. Depuis quelques jours nous avons appris des sources venant même du pouvoir qu’un conseiller de Faure Gnassingbé en la personne de Robert Dussey aurait acquis ces derniers temps un immeuble de 300 millions de francs CFA dans les abords de l’institut Goethe à Lomé. Quant à Gilbert Bawara le bouillant et sulfureux ministre de la coopération, l’homme qui n’existe que par Faure, il a terminé une luxueuse villa de 100 millions de francs CFA dans son village natal près de Niamtougou. Comme le disait un observateur avisé de la situation politique du Togo :
« contrairement aux barons d’Eyadema dont la plupart ont mis du temps pour se faire une fortune, les jeunes aux dents longues qui entourent Faure ont un goût démesuré de l’argent et font tout pour amasser en un temps record le maximum. Il serait très difficile au jeune président de mettre fin à cette pratique en ce sens que les liens entre ces jeunes et le président sont très forts. »
Voilà qui est dit ! et bien dit ! puisque Faure ne fait aucune distinction entre les fonds publics et les ressources de sa famille. Si ce ne sont pas ses amis qui sont aux commandes, ce sont ses maîtresses qui obtiennent de gré à gré des contrats énormes. En dehors de Ingrid Awadé qui tient au nom de Faure les impôts, d’autres maîtresses du jeune président sont aussi dans le circuit avec d’énormes contrat obtenus sans aucune forme de procédure. Nous avions déjà parlé sur ce site de Jacqueline AKA qui avait obtenu un marché de livraison de cables téléphoniques à Togotélécom d’un coût de 1 milliards 200 millions. Ensuite de Julie Beguedou qui en compagnie de Rupanie un Indou s’adonnent au commerce du bois du Teck en direction de l’Inde. Cette gestion amicale du pouvoir inquiète en ce sens que toute l’économie du pays se retrouve dans les mains d’une bande de copains et coquins, des individus qui passent tout leur temps à mettre sous leur coupe toute l’économie d’un pays.
Il faut nécessairement mettre fin à cette pratique surtout en ce moment où la reprise de la coopération vient d’être notifiée au gouvernement togolais.
Obligation de mettre sur pied la Cour des Comptes
Face à cette situation inquiétante, la mise sur pied de la Cour des Comptes est plus que désormais une nécessité. Prévu au titre VII de la Constitution de 1992, la Cour des Comptes chargé de la vérification des comptes et de la gestion des établissements publics et des entreprises publiques n’a jamais vu le jour au point que le Togo est à ce jour le seul pays de l’UEMOA qui ne dispose pas d’une cour des comptes. Malgré les différents rappels de l’institution sous régionale, le pouvoir RPT ne semble pas encore disposé à mettre sur pied cette institution. Aujourd’hui le rôle de l’opposition et particulièrement de l’UFC n’est pas de chercher par tous les moyens à rentrer dans un gouvernement qui au finish n’apportera rien à ce parti, mais d’exiger déjà la mise en place d’une telle institution et plus loin la déclaration des biens des ministres avant leur entrée en fonction. La coopération ne peut profiter à l’ensemble des togolais que si l’opposition se met dans son rôle de vigilance par l’interpellation des ministres au parlement ou l’ouverture des enquêtes parlementaires sur la destination des fonds.
Que personne ne se fasse d’illusion, Faure ne se permettra jamais à mettre en prison les jeunes qui l’entourent pour crime économique puisqu’il sait qu’en la matière, lui même et ses nombreuses maîtresses traîne d’énormes casseroles. Notre seul rôle de citoyen et celui d’opposant est d’être assez vigilant pour dénoncer toutes les magouilles qui retardent le développement de notre pays.
Les bailleurs de fonds qui se bousculent en ce moment au Togo, doivent exiger des garanties auprès du pouvoir RPT en matière de lutte contre la corruption, de l’assainissement des finances publiques, bref de la bonne gouvernance dans tous les domaines
Simon de Fanti, tultogo.com