"Ceux qui sont morts pour la Patrie, ont droit qu'à leurs cercueils la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms, leur nom est plus beau. Toute gloire passe près d'eux et tombe comme éphémère, Et comme le ferait une mère, la voix d'un peuple les berce dans leurs tombeaux."La rédaction, tultogo.comDécès de Salou Tadjou: La fin d’un oiseau racé

Il s'en est allé ce lundi matin 2 avril 2007, telles la puissance et l'adresse de son pied droit sur les coups francs. Ses qualités de relance et sa lecture du jeu, en ont fait un défenseur exceptionnel. L'ancien capitaine d'Agaza de Lomé et de l'équipe nationale du Togo, Salou Tadjou est indubitablement l'un des joueurs les plus doués de sa génération.
Formé à l’ASAD, l’Association Sportive des Armées de Dieu de Guy Adademe, qui deviendra plus tard AC Merlan, Tadjou fit ses premières armes dans l’élite sous les couleurs de la Modèle de Lomé alors entraînée par Aguiar. "Quant il venait à l'entraînement le matin, il restait avec moi pour la séance de l'après-midi. Il aimait tellement toucher le ballon que lorsqu'on le privait de matches c'était comme si on l'enlevait toute sa fortune…", se souvient encore Adademe. Idem pour Tchakala Tchanilé son coach à l'Etoile Filante " Cétait un garçon qui avait du caractère, très déterminé. Je me dis qu'on a perdu un grand homme du football."
Attaquant à ses débuts, Tadjou se verra confier un nouveau rôle lorsqu’il rejoint les rangs des Verts de Tokoin, Agaza de Lomé. Sous la direction de Gbegnon Sokpoh, il gagne en confiance et en étoffe de conquérant.
Le jeune libero met très tôt tout le monde d’accord sur ses potentialités notamment lors de l’épopée de 94 au cours de laquelle, Tadjou conduit Agaza aux portes de la finale de la coupe d’Afrique des Vainqueurs de coupe, se faisant éliminer par le Daring Club Motema Pembe de Kinshasa en demi-finale.
Son talent émoustille les dirigeants du Club Africain de Tunis qui l'enrolent. Le jeune frère de Moutairou Rafiou et de Salou Bachirou séduit par ses qualités et se voit même composer un hymne par les supporters du club tunisois. Très vite, il traverse la Méditérranée pour la Suisse où il s'engage sous les couleurs du Servette de Genève sous entraîné par le Croate Boskov qui l'avait surnommé "Turbo", histoire de magnifier sa puissance de frappe. Son contrat était considéré à l’époque comme l’un des plus gros pour un défenseur africain.
Mal conseillé ou pas du tout, la carrière de Tadjou qui était pourtant dans le viseur du Milan AC, se délite peu à peu, conséquence da la mauvaise gestion de sa carrière et de son patrimoine. Comme nombre de joueurs togolais, Salou Tadjou avait certainement oublié que la carrière d’un joueur n’est pas éternelle et pour s’assurer une belle aventure, il faut se faire entourer par des hommes de métier capables de vous guider vers des horizons plus sûrs, en somme, il faut assurer ses arrières. Ce que confirme son coach et ami d’Agaza des années 90 “Le talent seul ne suffit pas. Il faut gérer sa vie de façon saine comme un joueur en compétition. Tadjou s’est laissé aller, ce qui est déplorable chez ce grand joueur que nous pleurons aujourd’hui”, se désole Gbegnon. Auguste Sagbo, se veut philosophe, “Il est venu avec un destin. Il est simplement parti de façon prématurée”, regrette le président omnisports d’Agaza.
Dieu sait qu’ils sont nombreux dans le cas, ces joueurs togolais qui n’ont pas su capitaliser leur talent: Noutsoudjin Kossi, qui s’est éteint comme une étoile filante et Oudja Lantam, dont la carrière a connu un coup d’arrêt brusque des plus surprenants.
Tadjou tenta à plusieurs reprises de relancer sa carrière, sans succès et passe le reste de sa vie à croire en un espoir de rebondir. Mais, il ne réussira plus à imprimer les couleurs si chatoyantes qui attiraient du monde autour de sa personne.
Son dernier match avec la sélection nationale, les Eperviers remonte au 5 juin 2004. C’était le match de la première journée des éliminatoires combinées de la CAN et du Mondial 2006 de football. Le Togo affrontait les Chipolopolo de la Zambie à Lusaka. Nous y étions. Apres avoir tenu la défense centrale durant une vingtaine de minute, Tadjou devra céder sa place à Nibombe Dare.
Une crise de paludisme l’avait affaibli ce jour-là. Dépourvu et pratiquement isolé au cours des derniers moments de sa vie, Salou Tadjou a certainement mal supporté ce crépuscule et le poids de la vie sans couleurs, chaleur, ni saveur.
Paix à son âme.
© Hans Masro
hmasro@yahoo.fr