....... Il faut que la voix des sans voix, empêche les puissants de dormir... "L'ABBE PIERRE"

 
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« MON OUVRAGE VEUT ILLUMINER LE PEUPLE FACE AUX DEFIS ELECTORAUX ET RESTAURER LA MEMOIRE. »

De “TOGO DE L’ETAT VOYOU A L’ETAT DE DROIT : LA REPUBLIQUE MENACEE !“ au “TOGO LA FACE CACHEE DU PROCESSUS POLITIQUE“ Qu’est-ce que qui vous semble préoccupant dans le contexte actuel de la transition togolaise ?

Roger JUSTINO : D’un livre à l’autre, l’objectif reste le même : tenter en tant que journaliste de restaurer la mémoire du Togo à travers ses multiples phases politiques et les vicissitudes de l’ambiguïté de l’essence politicienne , non pas en historien, mais exclusivement en journaliste. Je ne crois pas à un Togo libre et prospère pour demain sans aujourd’hui une préparation conséquente et cohérente qui aborde la globalité de nos défis dans leur totalité avec la bonne volonté des deux côtés, la mouvance et l’opposition. Le RPT, (Rassemblement du Peuple Togolais) de par son passé apparaît comme un vecteur effroyable d’instabilité relationnelle avec l’opposition, mais c’est toute la classe politique qui doit s’engager honnêtement. Et l’opposition bien que méfiante doit faire avec sans sombrer dans la démagogie ou les accords contre nature.

Entre votre premier livre et le second, est ce qu’il y a eu des avancées notables et évidentes dans la situation politique togolaise ?

RJ : Avancées ? Oui. Notables ? Pas à mon avis. Evidentes ? Cela dépend de ce que vous mettez sous vos épithètes. Mais Faure GNASSINGBE n’est pas GNASSINGBE Eyadema. D’ailleurs, l’un est économiste et l’autre militaire (rire). Il reste que le RPT dans son ensemble rassure. Le parti au pouvoir pose parfois d’actes importants et constructifs mais il manque de fiabilité. Il a longtemps et été et reste un parti de dupe et il faut s’en méfier. Le peuple reste méfiant avec une certitude catégorique, à tort on a raison, que derrière chaque acte du RPT, il y a toujours anguilles sous roche. Ce parti doit donc se construire une nouvelle renommée à nos yeux, c’est le défi.

Qu’attendez-vous en tant que journaliste du pouvoir ou de ce que vous appelez le système RPT ?

RJ : Qu’ils consentent à l’alternance. Je ne veux pas dire qu’ils laissent le pouvoir à l’opposition, mais qu’ils fassent des urnes d’authentiques moyens d’accéder au pouvoir. Que les magouilles et mesquineries politiciennes diminuent et qu’une réelle démocratie s’installe. Avec des perpectives d’alternance, c’est probable qu’après quarante ans, le peuple opte pour l’alternance parce qu’épuisé par les caprices de la monotonie ou pour d’autres raisons évidentes.

Parlons de votre livre. Roger Justino, comment présentez-vous votre ouvrage dans sa forme et comment en présentez-vous le fond ?

D’abord, une centaine de pages, un peu plus même avec une couverture câline et douce, un album photo à la fin pour ce qui concerne la forme. J’ai ensuite abordé tous les sujets d’actualité. Mes livres sont souvent des études d’analyses et de détails de l’actualité à la lumière de la logique et d’un effort maximum d’objectivité. J’ai présenté dans ce second volume les défis de l’année 2007 pour le Togo, la marche vers l’Etat républicain, les dessous de l’accord politique global que j’ai réélu entre les lignes précisant ses insuffisances et en notifiant ses atouts. J’ai mis en garde contre la fraude, j’ai dénoncé les moyens de fraudes en lice. Je me suis aussi attardé sur les perspectives d’avenir pour le Togo tout en abordant les contrats politiques possibles entre divers partis. Un grand chapitre a été consacré à l’armée et à la réforme. J’ai aussi fait une ontogenèse tout en analysant l’avenir probable de l’UFC et son rôle dans les prochaines élections.

Vous dites que l’UFC peut paraître le meilleur parti de l’opposition s’il modère sa témérité et s’efforce de convaincre davantage.

RJ : Le Togolais est moins dupe que ne le pensent les politiciens. Le peuple est de plus en plus averti et prend garde face à la démagogie et à l’utopie politicienne et rêveuse. En même temps, l’UFC est moins impopulaire que ne le fasse croire la presse. Elle a eu des problèmes de tailles et a dû prendre des décisions délicates et décisives qui n’ont pas plu à tous les sympathisants. Mais elle peut se sauver en exploitant tous ses atouts pour dominer le débat préélectoral et convaincre. Les mythes sont tombés, il faut maintenant un plan clair à objectifs précis et non errants.

Pensez-vous que Gilchrist n’est pas à la taille de la présidence du parti ?

C’est le peuple qui le dira. Mais je crois que c’est le programme et la vision du parti qui sont importants. Ceux qui traitent Gilchrist d’extrémiste ont leurs arguments. Moi, je n’ai pas les moyens de le juger. Mais il a fait beaucoup pour son parti et peut aller maintenant à la retraite. Mais ne l’enterrons pas avant qu’il ne soit mort. Gilchrist peut encore beaucoup pour l’UFC.

Pourquoi ne parlez-vous pas assez des autres partis de l’opposition ?

L’UFC est d’actualité à cause de son refus d’aller au gouvernement. Il s’est entouré de mythes qui tombent. Il devient sujet à polémique. Je me permets donc de donner mon point de vue. Mais le fait que je lui consacre un chapitre ne veut pas dire qu’elle est plus importante que les autres partis. J’ai tout de même parlé du CAR et de la CDPA de même que tous les autres partis politiques à divers degrés et niveaux.

Dans vos ouvrages, vous consacrez beaucoup de place à l’armée. Pourquoi cette curiosité et cette audace vis-à-vis de l’armée togolaise ?

Il ne s’agit pas d’audace, de curiosité, peut-être. Mais je veux être réaliste et je déteste la langue de bois. L’armée est une institution d’Etat. Elle doit nous préoccuper et à cause de ses rôles historiques, l’armée togolaise doit faire objet d’attention. Il n’y a pas de tabou ni de mythe. Et je parle d’elle plutôt avec respect. Je la critique certes, mais que voulez-vous ?

Vous avez fait un chapitre complet et pertinent sur la réforme de l’armée. Voulez-vous nous en parler ?

D’abord, un distinguo : l’armée doit être réformée dans son organisation et sa profonde structuration fonctionnelle et sa vocation institutionnelle mais pas de réforme militaire. Nous réformerons l’armée mais pas les militaires. Il n’aura pas de retraite massive du genre des programmes d’ajustement structurel (PAS). Nous avons quinze mille militaires et gendarmes, peut-être vingt mille. Le chiffre reste secret. L’effectif est énorme mais pas trop pléthorique. Il faut alors passer à la réforme honnêtement et au plus vite. C’est urgent.

Que proposez-vous exactement pour la réforme ?

J’entends par réforme : renforcement et revalorisation. Renforcement de la vocation apolitique, de l’utilité républicaine et du rôle de protection de l’intégralité territoriale. Revalorisation de la grille salariale, de la formation moderne mais aussi du niveau intellectuel. La réforme, c’est ensuite la pluralisation de l’armée qui n’est pas encore une réalité. La réforme, c’est enfin la démocratisation de l’armée et sa maîtrise par le renfort des dispositions légales martiales.

Pensez-vous que l’armée togolaise est aujourd’hui dangereuse pour la démocratie ?

L’armée n’est pas un danger mais elle reste une menace. Mais mieux la démocratie se porte, moins l’armée est menaçante. Elle a joué un rôle critique même récemment. Le rapport de l’ONU la cite nommément comme impliquée dans les massacres. Mais l’armée togolaise n’est pas qu’une armée de terreur, elle est victime de manipulations politiciennes. En temps normal, elle garantit la paix et reste disciplinée, organisée, fiable et m’inspire respect. Nous avons l’une des meilleures armées de la sous-région pour ce qui concerne la formation.

Revenons aux élections législatives prochaines. Vous dites que la fraude à zéro n’existe pas et qu’elle fera même partie du processus

Nous ne pouvons pas assassiner totalement la fraude. Nous la réduirons au maximum, c’est l’objectif de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) à mon avis. Mais elle fera partie du processus pour nous mûrir pour les prochaines élections.

Que préconisez-vous dans votre livre pour réduire la fraude ?

La carte numérisée avec photo n’est pas mal. Même le Bénin n’est pas encore arrivé là. Il va falloir sécuriser si possible la carte en la rendant moins falsifiable et en y introduisant par exemple des empreintes digitales. Il faut ensuite recommencer le recensement électoral surtout mobiliser les populations pour sortir massivement. L’encre indélébile pourra éviter les votes multiples et il est surtout impériale de débuter les décomptes au soir de l’élection. La supervision des observateurs internationaux et de l’Union Européenne est capitale.

La question qui vous tient le plus au cœur reste l’impunité.

La justice est la base fondamentale de la réconciliation. Sans la justice, il aura élections mais pas réconciliation. La justice peut être plus symbolique que pénale mais elle passe par l’identification, la culpabilisation et la condamnation des auteurs des crimes notamment ceux de 2005. Il y a aussi bien des bourreaux du pouvoir que de l’opposition et de l’armée. Les rapports de l’ONU et de l’Amnesty International ont déjà donné des précisions. Il faut que Faure Gnassingbé prenne sa responsabilité.

Vous étiez à Atakpamé et vous parlez de tragédie planifiée à propos des massacres de 2005 qui ont suivi l’élection de Faure Gnassingbé.

C’était une tragédie. Elle était planifiée. Des personnes bien connues ont tué au nom de leur parti politique. Il faut les juger. Absolument, sinon, c’est la crédibilité et la confiance en la République qui sont sacrifiées. Plus personne n’aura de respect pour notre pays.

Pour finir, pourquoi cette passion pour le Togo ?

Passion oui. J’aime passionnément le Togo. J’en suis même amoureux. J’y vis avec honneur et plaisir. Je n’envisage pas encore le quitter. J’y travaille et je m’y plait.

Vos projets ?

Je publierai le dernier volume de la trilogie consacrée au Togo, je fais un travail technique sur le tourisme et en tant qu’agro-journaliste, je consacre des recherches à l’agriculture togolaise. J’adore le Togo. Pour le reste, je publie pour la rentrée littéraire prochaine à Paris un livre sur le Swaziland et je fais des recherches sur le Vodou au Bénin.

BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR & PRESENTATION DU LIVRE



Si on veut la réconciliation, on ne doit pas revenir sans cesse sur ce qui nous a séparé...
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