Kagamé accuse Villepin d'avoir soutenu le génocide rwandais

LONDRES jeudi 7 décembre 2006 - Le président rwandais Paul Kagamé a accusé jeudi le Premier ministre français, Dominique de Villepin, de faire partie des responsables qui, affirme-t-il, ont en France soutenu le génocide de 1994 au Rwanda.
"Il y a des responsables français qui étaient impliqués à l'époque et qui sont toujours en vie, notamment l'actuel Premier ministre de la France, qui était directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères et (...) ces gens étaient directement impliqués dans cette situation", a-t-il déclaré dans une interview à la chaîne de télévision BBC World.
Interrogé à ce sujet à Paris, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a répondu que ces "allégations (...) n'ont pas lieu d'être".
Jean-Baptiste Mattéi a rappelé que les conclusions d'une mission d'information parlementaire en 1998 avaient souligné que la France "n'a été en aucune manière, ni de près, ni de loin, associée à la préparation ou la perpétration du génocide".
Le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France le 24 novembre. Une décision que Dominique de Villepin, en visite le 1er décembre en Afrique du Sud, a "regretté".
Le juge français Jean-Louis Bruguière venait de lancer des mandats d'arrêt contre neuf proches du président Paul Kagamé et de demander au secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, d'envisager des poursuites contre le dirigeant tutsi pour l'assassinat de son prédécesseur hutu, Juvénal Habyarimana.
Cet attentat, commis en avril 1994 sur l'aéroport de la capitale, Kigali, est considéré comme le déclencheur des massacres de Tutsis et de Hutus modérés.
En visite en Grande-Bretagne, Paul Kagamé avait déjà accusé mercredi la France d'avoir apporté un soutien actif à ce génocide, qui a fait 800.000 morts.
"C'est la France qui a soutenu les forces qui ont commis le génocide, elle les a entraînées, elle les a armées et elle a participé aux combats contre les forces qui tentaient de mettre fin à ce génocide", a-t-il affirmé à la radio BBC.
"La France, à aucun moment, n'a tenté d'arrêter le génocide", a-t-il ajouté. "Au contraire, (les Français) ont joué effectivement un rôle durant la période qui a conduit à ce génocide en soutenant le gouvernement du Rwanda."
Paul Kagamé rejette les accusations du juge Bruguière. "C'est absurde. J'ai combattu les forces qui ont commis le génocide. Je suis un combattant de la liberté, on ne peut pas me considérer comme un criminel", a-t-il dit à la BBC.
(Reuters)