Hilaire Logo Dossouvi : « Notre peuple fait face à des réalités très dures mais est obligé de faire le choix de sa survie … »
L’entrée de la CDPA au gouvernement Mally continue de susciter des polémiques au Sein de l’opposition, surtout que cette entrée n’est consécutive à aucun accord entre ce parti et le RPT au pouvoir. Dans une interview accordée à notre rédaction, Hilaire Logo Dossouvi qu’on ne présente plus , après avoir donné les raisons de son retour au bercail, revient sur cette participation au gouvernement qui fait couler beaucoup d’encre et de salive. Lisez plutôt.
Tultogo.com : Vous avez participé activement aux élections du 14 octobre dernier ; quel est votre sentiment après ce scrutin ?
HLD : Merci pour l’opportunité que vous me donnez de répondre de certains actes qui paraissent nébuleuses à nos compatriotes aujourd’hui.
D’abord notre retour d’exil pour participer aux élections du 14 octobre dernier. Je suis rentré au Togo le 9 mars 2007 par le Burkina Faso sur appel du Professeur Léopold Messan Gnininvi. Je pense qu’il n’y avait pas lieu de se débiner car notre participation à ce scrutin ressemble à des passages obligés vers un processus démocratique final. Pour mes amis de la diaspora qui me traite de tos les noms, je leur demande, ce qu’ils proposent de mieux comme stratégie de fin de crise au Togo.
J’ai passé 17 années entre le Ghana, le Bénin et le Canada et à courir entre l’Amérique du Nord, l’Europe … Qu’ai je vu ; des Togolais désorganisés, préoccupés par leur survie et qui se font la guerre et s’entredéchirent dès qu’il est question du combat démocratique pour en découdre avec le statu quo politique au Togo. J’ai décidé de quitter ce sentiment d’irresponsabilité en répondant à l’appel au retour de mon parti comme Claude Kangni ALEMDJRODO (Bordeaux), comme le docteur GHANDI (Allemagne) et le Docteur IHOU (Hollande). C’est une expérience, il fallait la faire. Nous nous battons pour la démocratie et pour la première fois qu’on nous invite à prendre part à ce scrutin, nous ne trouvons pas logique de nous opposer à cela. Nous y sommes allés comme les autres partis porter notre message au peuple Togolais qui l’a écouté même si les résultats ne reflètent pas ce sentiment ; nous avons la certitude que partout au Togo notre peuple a accueilli le message de la CDPA.
Tultogo.com : comment justifiez –vous le score de la CDPA à ce scrutin ?
HLD : Je pense que le Togo a réussi à organiser des élections sans violence le 14 octobre 2007. Mais la transparence de ce scrutin reste un sujet à discussion car sur plusieurs plans le code électoral n’a pas été respecté et les méthodes des partis politiques n’ont pas toujours été démocratiques. Ceci dit nous avons participer à l’expérience et tiré nos conclusions pour l’avenir.
Tultogo.com : Avez vous le sentiment que malgré vos efforts et sacrifices, le peuple togolais ne perçoit pas toujours le fond du message de votre parti ?
HLD : Cher ami, notre peuple fait face à des réalités très dures mais est obligé de faire le choix de sa survie. Vous imaginez un Logo Dossouvi candidat dans le Yoto, acteur du 05 octobre qui rêve des routes goudronnées dans son canton et parle du prix de coton, de l’eau potable et des soins de santé…
Le villageois l’enregistre comme un franc parleur mais mettra dans l’urne le bulletin du candidat qui lui remettra une enveloppe de 50 000F , 10 000F, ou 5000f même parfois 1500f la nuit de la veille du scrutin. Même les donneurs de leçons, ceux qui jouent aux opposants propres n’ont pu empêcher que leurs délégués dans les bureaux de vote succombent à cette tentative. Ce sont des méthodes que la CDPA a découvert sur le terrain et ceci pose un vrai problème à notre pays à savoir à quoi servent des élections dans un pays ou les populations baignent dans l’extrême pauvreté. Nous l’avons appris à nos dépens. De toutes les façons au lieu de s’organiser pour contrer ces méthodes, certains ont préféré délivrer leur message de campagne autour de notre participation au gouvernement qu’ils assimilent à une inféodation au RPT à la suite de la signature de l’APG. C’est de la grande manipulation à la limite une escroquerie du peuple.
Tultogo.com : la CDPA vient de faire son entrée au gouvernement et d’aucuns disent déjà que votre parti est allé à la mangeoire en tournant définitivement le dos à l’opposition ?
HLD : Plus d’une fois après la signature de l’APG certains se sont battus et ont engagés des tractations pour être à la tête du gouvernement sans succès. Si leurs louches tractations avec le RPT avaient marché, vous direz qu’ils sont allés à la mangeoire ? Plus grave après le scrutin du 14 octobre 2007, ils ont continué dans le même sens en exigeant cette fois-ci non seulement la mise à l’écart des autres acteurs politiques de notre pays mais des prérogatives spéciales pour rentrer au gouvernement. Rappelez –vous de cette phrase
« mes respects monsieur le président » diffusé par le régime sur tous les médias. Cette fameuse phrase qui doit certainement signifier beaucoup de chose entre celui qui la prononçait et celui à qui elle était destinée est-elle l’œuvre de la CDPA ou de son leader ? Finalement nous avons l’impression au Togo que certains s’arrogent le droit de tout faire au nom de la lutte même parfois des conneries sans se faire tirer les oreilles et sont prêts à jeter l’opprobre sur les autres qui ne se soumettent pas à leur diktat.
Je peux vous dire que nous ne pensons pas la chose politique en terme de manger. La CDPA en allant au gouvernement ne tourne pas le dos à la lutte du peuple. C’est un autre front de lutte. Renseignez-vous dans les ministères détenus par la CDPA et vous aurez les informations sur les échelles des valeurs. Ceux qui nous traitent de vendus sont ceux qui ont triché lamentablement pendant les élections du 14 octobre en refusant d’aller au gouvernement croyant que nous leur emboîterons le pas comme dans un passé récent. Nous avons nous aussi nos méthodes et stratégies et notre échelle de valeurs. Ne raisonnons pas en parlant de ces choses là en termes de mangeoire. Sinon les 2 ministres de la CDPA coûtent combien au trésor public togolais, comparé à la vingtaine de députés qui touchent 800 000f par mois. Comparez et tirez les conclusions.
Moi je ne crois pas que les problèmes se posent en ces termes. Il y’a en l’APG et je crois qu’en un moment donné l’optique consensuel semble avoir pris le pas sur toutes les autres considérations. Maintenant, le volte face du CAR et de l’UFC ne semble résister à aucune analyse sérieuse en dehors des calculs politiciens puisqu’il est claire aujourd’hui que ces partis qui se proclament champion de la démocratie devant le peuple discutent tous les jours en catimini avec le pouvoir pour juste des questions de privilèges. Au fait, de qui se moque t-on dans ce pays ?
Tultogo.com : Ne trouvez-vous quand même pas contradictoire d’appartenir à un gouvernement dont le programme à exécuter est celui du RPT ?
HLD : Le choix de la CDPA est dicté par l’étape de la lutte à laquelle nous nous trouvons. Et le programme dont vous parlez n’est pas celui du RPT mais doit reposer sur le consensus dérivé de l’APG. N’oubliez surtout pas que des questions pertinentes comme celles du découpage électoral, de l’impunité, du statut de l’opposition, de la réforme de l’armée sont toujours en suspens. L’opposition à mon avis aurait dû être dans sa globalité au gouvernement et imposer ses choix.
Tultogo.com : Quel avenir pour la CDPA ?
HLD : Nous ne pensons pas que cette question ait son sens. Si c’est pour les résultats aux élections d’octobre 2007, nous avons volontairement refusé d’épiloguer sur les déconvenues. Du reste, ce n’est pas parce que deux partis politiques, par mesquinerie et calculs politiciens ont déclaré d’isoler notre parti que nous allons nous faire hara kiri et remettre notre propre existence en cause. La CDPA couvre tout le territoire togolais et compte de nombreux sympathisants, plus ses militants superlativement convaincus qui croient e l’histoire du parti, en son programme, en ses instances fonctionnelles et en ses ramifications internationales. Je ne crois pas que la CDPA disparaîtra. Cette vue des choses n’est qu’une vision des marchands d’illusion. Nous avons des ambitions pour notre parti et ce n’est pas des rêves sans lendemain.
Tultogo.com : LOGO Dossouvi figure emblématique du 05 octobre, après 17 années de lutte quelle analyse faites-vous du parcours de l’opposition togolaise ?
HLD : S’agissant du parcours de l’opposition togolaise, les résultats et les stratégies sont à l’image de notre histoire, de notre intelligence et de nos codes de conduite ; bref de notre expérience de gestion des conflits sociaux. Nous avons passé tout le temps à nous combattre plutôt qu’à combattre l’adversaire et je constate que certains malgré leur position dominante au sein de l’opposition continue par croire que leur existence dépend de la disparition des autres. Et pour ce faire il consacre la grande partie de leur énergie à tirer sur les gens de leur propre camp alors qu’au même moment l’adversaire se renforce et consolide ses positions. A cette allure je parie que le changement sera très difficile à obtenir au Togo à moins d’un miracle.
Tultogo.com : Pouvons-nous affirmer à l’heure actuelle qu’il existe une opposition crédible au Togo.
HLD : Oui les partis au Togo ont une histoire et au regard de celle-ci nous pouvons les classer. Même si les nombreux accords et tentatives de compromis diluent cette vision catégorique que la jeunesse Togolaise a du parti d’opposition, toutes les organisations sur place actuellement et qui se réclament de l’opposition se valent. Et si c’est un tort, la jeunesse en est aussi responsable. Car au lieu d’intégrer les partis d’opposition et de faire d’eux des organisations que nous aurions voulus qu’elles soient, cette jeunesse se tient à distance et déverse sur les sites des critiques auxquelles 2% de togolais à peine ont accès.. Dans l’état actuel des choses, les partis politiques qui se réclament comme tels seront perçus comme tels dignes ou pas.
Tultogo.com : Avez-vous un message particulier à la jeunesse togolaise et surtout à la diaspora ?
HLD : Je leur demande juste de regagner les partis politiques et de faire d’eux des organisations dignes de conquérir et d’exercer le pouvoir politique au Togo comme le rêve la majorité des Togolais ; c’est en cela que nous pouvons corriger nos propres erreurs et agir véritablement sur les évènements. Quant à la diaspora et surtout au niveau des forces démocratiques, les uns et les autres doivent comprendre que nous ne gagnerons rien en détruisant systématiquement des initiatives louables que certains entreprennent. La guerre des chefs que les gens se livrent à travers les sites internet ne sera que du service rendu au pouvoir RPT. Il faut donc tourner le dos au cybermilitantisme fait d’injures, de calomnies, de diffamation et trouver les voies et moyens pour libérer notre peuple. Le champ de bataille se trouve au Togo et non sur les sites encore moins à l’extérieur ce qui signifie clairement que nos actes ne peuvent avoir une réelle portée que si nous sommes sur le terrain. Tous ceux qui veulent un réel changement pour notre peuple doivent faire le choix d’être aux côtés des populations.
Tultogo.com : votre mot de fin
HLD : D’autres peuples ont traversé nos péripéties. Aujourd’hui, Ils en sont venus à bout. Nous aussi , nous en viendrons à bout. Je souhaite seulement que cette année nouvelle permette à chacun d’entre nous de prendre conscience de la situation difficile de notre pays et surtout de nos populations afin de tourner le dos à la démagogie, à l’hypocrisie politique afin d’agir dans l’unique but de donner à notre peuple sa liberté.
Tultogo.com : Hilaire Logo Dossouvi ! je vous remercie.
Interview réalisée par Simon de FANTI, tultogo.com