« Rien ne tombe rôti du ciel sur la table de ceux qui ont faim. »
Interview de l’ancien Président de l’Assemblée Nationale Togolaise :
Dahuku Péré
Président de l’Alliance Démocratique pour la Patrie
Tultogo.com : M. Dahuku Péré bonjour ! Vous avez l’air heureux, comment vous sentez-vous ?DP : Bonjour et merci de me trouver un air heureux. Je ne savais pas que je donnais cette impression. Comme acteur politique, je veux lutter pour que chaque togolais n’ait pas seulement l’air heureux, mais dispose d’un cadre national qui lui offre les conditions et les moyens de construire son bonheur. Il faut qu’enfin les malheurs de notre pays commencent à appartenir au passé et que le bonheur de vivre, redevienne la chose la mieux partagée au Togo. Ce seul combat me comble déjà de joie. J’en remercie Dieu et souhaite qu’il en soit de même pour vous et pour tout Togolais.
Tultogo.com : Qu’est-ce que cela fait de se retrouver dans la même situation que des gens (de l’opposition) qu’on a passé des années à combattre ?DP : A la veille de la Conférence Nationale, le système politique du RPT avait déjà suscité en son sein des personnalités ouvertes au changement et disposées à l’accueillir et à l’accompagner. Mais l’Opposition naissante n’a pas su reconnaître et apprécier à sa juste valeur ce phénomène nouveau. Elle a donc combattu ce qu’elle aurait dû saisir et utiliser à son avantage. Dès lors elle a été simplement victime de ses propres erreurs, pendant la Conférence Nationale et après. Après les élections législatives, je me suis retrouvé à l’Assemblée nationale avec beaucoup de leaders de l’opposition avec qui j’ai pu faire une meilleure connaissance. Nous avons globalement travaillé comme une véritable Assemblée et non comme des Députés de la majorité d’un côté et ceux de l’opposition de l’autre. C’est, pour la plupart, eux que j’ai retrouvés quand j’ai dû passer à l’opposition. Je me sens à l’aise avec eux parce que nous avons fini par développer ensemble une même culture politique basée sur nos intérêts biens compris et ceux des populations. Cette culture partagée nous a de plus en plus rapprochés, tout simplement.
Tultogo.com : Comment se porte votre parti, l’Alliance ?DP : L’Alliance Démocratique pour la Patrie se porte bien. Elle pourrait mieux se porter, certes, mais pour le moment je n’ai pas de raison de me plaindre. Le Bureau du Parti que je préside œuvre avec la meilleure bonne volonté pour une bonne cohésion au sein du parti, de la base au sommet. L’Alliance a eu un an d’existence le 15 septembre passé et nous avons à cœur de lui assurer une longue existence.
Tultogo.com :- Bon anniversaire alors - Récemment des informations distillées dans la presse font état de sérieux désaccords entre vous et votre frère et ami, le Premier Ministre Agbéyomé. Pouvez-vous nous dire ce qui se passe exactement ?DP : Rien ne se passe qui mérite d’être partagé avec des personnes extérieures au parti. Si les informations distillées vont jusqu’à affirmer qu’il y a entre nous de sérieux désaccords, je considère que leurs auteurs sont en mesure de préciser la nature de ces désaccords. Je n’ai pas de temps à consacrer aux commérages et à tout ce qui leur ressemble.
Tultogo.com : Vous nous rassurez donc que Agbéyomé ne claquera pas la porte de l’Alliance ?DP : Je ne l’ai pas dit et je ne sais pas prédire l’avenir. Votre question me surprend, je l’avoue. Si vous avez des raisons de penser que le Premier Ministre Agbéyomé Kodjo pourrait claquer la porte, interrogez-le directement. Pourquoi vous adressez-vous à moi ? Je n’ai pas de raison de le soupçonner d’envisager une telle éventualité.
Tultogo.com : Depuis le 20 Août dernier la classe politique a signé un accord politique global. Nous savons que l’Alliance n’a pas participé à ces travaux, mais dites-nous ce que vous pensez de cet accord ?DP : L’Alliance n’a pas participé aux travaux du Dialogue inter togolais, cela est un fait désormais. Mais l’Alliance a appelé de tous ses vœux ce dialogue et en a accompagné les travaux par ses réflexions. Je souligne à cet égard qu’une délégation du Bureau de l’Alliance a reçu à plus d’une reprise une délégation d’un parti présent au Dialogue pour des échanges utiles. L’Alliance s’est finalement réjouie des résultats atteints, qui ont pris la forme d’un Accord Politique Global signé par toutes les parties prenantes. Tous les militants de l’Alliance avaient souhaité cet accord pour le bien des populations. En dépit de ses imperfections, ils l’ont salué unanimement quand il est intervenu. Quoi qu’on puisse en dire sous d’autres angles, on ne peut pas minimiser le fait qu’il a été obtenu entre toutes les parties prenantes. Ainsi considéré, l’Accord Politique Global est un outil précieux qui permet de progresser dans la reconstruction sociale. Nous devons maintenant nous mobiliser pour que son application soit réussie et que le pays sorte enfin de crise.
Tultogo.com : Les acteurs politiques Togolais ne se font pas confiance. Plus de trois mois après la signature de l’accord politique global, croyez-vous à l’aboutissement du processus en cours ?DP : Qu’ils se fassent confiance ou non, les acteurs des partis politiques ayant pris part au dialogue ont l’obligation de résultat. C’est en effet à l’exclusion des autres partis politiques qu’ils se sont cooptés pour aller à ce dialogue. Au-delà de cette considération, l’Alliance fait l’exhortation suivante à tout citoyen togolais :
Avant l’Accord Politique Global, les acteurs politiques togolais ne se faisaient pas confiance. Avec la signature de cet accord, nous sommes entrés dans un nouveau cycle pour le pays et pour les rapports sociaux internes. Il est désormais possible que les acteurs politiques se fassent de nouveau confiance pour leurs propres intérêts et pour l’intérêt supérieur du pays. En ce qui concerne l’avenir du processus en cours, il m’apparaît ouvert. La question à se poser ne me semble pas être celle de savoir s’il faut croire ou non à son aboutissement, mais plutôt celle de savoir si nous voulons ou non qu’il aboutisse. Si nous voulons son aboutissement, retroussons-nous les manches. Rien ne tombe rôti du ciel sur la table de ceux qui ont faim. Il ne tient qu’à nous de faire aboutir le processus. Si nous l’ignorons, nous n’aurons plus, bientôt, que nos yeux pour pleurer.
Tultogo.com : Vous avez déclaré dans une émission télévisée que « c’est bien que quelqu’un s’intéresse à nous. Pour la participation aux élections législatives, la présence de l’Alliance dans certaines préfectures peut aider certains partis ». Que voulez-vous dire M. Péré ? Vous sentez-vous mal aimé à ce point ?DP : Cette phrase, arrachée à son contexte, peut ne pas se comprendre aisément. Je veux être clair : je ne souffre pas d’un complexe quelconque, surtout pas du complexe du mal aimé. Je n’ai au fond de mon cœur qu’un profond amour et respect pour mes frères et sœurs togolais, ceux vivant dans le Nord comme dans le Sud du pays, qui m’ont massivement accompagné et soutenu à l’élection présidentielle de juin 2003, à leurs plus grands risques. De nouveau je les salue et leur demande de garder l’espoir qu’un Togo vraiment nouveau est à venir.
Ce que je voulais faire entendre lors de mon interview sur TV7, c’est que notre nation gagne à toute forme de rapprochement entre formations politiques à l’heure qu’il est, qu’aucun parti politique ne gagne rien à cultiver le mépris et l’indifférence à l’égard des autres, que tout parti politique doit apprendre à travailler avec les autres pour le bien du pays. Il faut aujourd’hui jeter les ponts, franchement et sincèrement, sans se tromper de direction, voilà comment nous voyons les choses à l’Alliance. En tout cas, nous avons bien apprécié que l’actuel Premier Ministre, après avoir été élu Président du Dialogue inter togolais, ait entrepris d’associer à la réflexion pour la réussite du Dialogue des partis politiques et des organisations de la société civile non invités. De même, nous pensons que nous n’allons pas en vouloir indéfiniment aux partis ayant participé au dialogue pour les places qu’ils se sont distribuées ou vont se distribuer dans la CENI, les CELI et autres. Nous sommes convaincus que dans des préfectures, nous serons sollicités dans de nombreuses zones pour la transparence du processus électoral. Nous apporterons sans réserve notre contribution.
Tultogo.com ; Vous avez côtoyé l’ensemble des leaders de l’Opposition. Que pensez-vous du Premier Ministre Agboyibo ?DP : Tous les togolais savent, comme moi, que le Premier Ministre Agboyibo est un acteur politique d’expérience, notamment pour avoir mené à bonne place le combat pour les droits humains et la démocratie dans notre pays. Tous nous savons aussi la place majeure qu’il a occupée parmi les leaders de l’opposition togolaise. Cette année seulement nous l’avons vu conduire le dialogue inter togolais avec la plus grande bonne volonté et le faire aboutir à un accord politique signé par toutes les parties prenantes. J’ai trouvé heureux que le Président Faure lui ait fait appel, par la suite, au poste de Premier Ministre afin d’y achever ce qu’il a commencé pour sortir notre pays de la crise. A l’étape où nous sommes, je pense que nous pouvons lui faire confiance pour nous conduire plus loin dans notre processus démocratique et dans la réconciliation nationale.
Tultogo.com : Un duo Alliance – CAR pour gagner les prochaines législatives du 24 juin 2007 ?DP : Il n’y a pas encore d’alliance Alliance – CAR. Dans mon interview à TV7, j’ai parlé de rapprochement avec le CAR depuis le début du Dialogue. Le lendemain, la presse écrite a titré : Alliance Péré – CAR. C’est finalement cette presse qui anticipe sur les événements et qui, de ce fait, souhaite voir se conclure une telle alliance. Nous en tiendrons certainement compte, car cette façon d’envisager l’avenir peut s’avérer constructive pour le pays.
Tultogo.com : Avez-vous des difficultés sur le terrain au point de conclure une alliance électorale entre votre parti et le CAR?DP : L’Alliance, à priori, ne sous-estime ni ne surestime aucune alliance que ce soit. Si celle avec le CAR est jugée utile par les deux partis, elle sera conclue en temps opportun. C’est toujours mieux de faire avec les autres plutôt que seul. L’ignorance de cette vérité a coûté déjà trop cher à notre pays et à notre combat.
Tultogo.com : M. Péré, vous êtes mieux placé pour nous parler du système en place au Togo. A votre avis, qu’est-ce qui bloque l’instauration de la démocratie dans ce pays ? DP : Si, comme vous le dites, l’instauration de la démocratie est bloquée au Togo, ne serait-ce pas simplement parce que la démocratie y compte en réalité beaucoup moins d’adeptes qu’on ne le croit ? C’est l’importante question que je me pose actuellement, à cet égard.
Tultogo.com : Les barons qui entouraient feu Eyadèma sont les mêmes qui entourent aujourd’hui son fils. Pensez-vous qu’ils sont disposés à accepter une alternance politique dans ce pays ?DP : Ce que vous dites n’est pas entièrement vrai ; si vous regardez bien vous observerez une certaine recomposition. Seulement, en toute situation il faut une transition. Les anciens en ont besoin pour partir doucement et les nouveaux en ont besoin pour apprendre le métier. A chacun donc il faut une période de transition. Pour ce qui est de l’alternance, pensez-vous qu’il existe un seul pays au monde où ceux qui gouvernent ont accepté spontanément, un jour, d’être dépossédés de leurs privilèges sans que les citoyens en aient payé au préalable le juste prix ? Moi je n’en connais pas.
Tultogo.com : Qu’avez-vous à dire à ce peuple qui est tant désespéré ?DP : Le jour nouveau a commencé à poindre à l’horizon ! Il apportera dans ces rayons un Togo vraiment nouveau pour nous tous, par la volonté de Dieu. Personne n’a des raisons fondées de redouter ce qui vient si nous y travaillons tous et de concert.
Tultogo.com : Votre mot de fin ?DP : Tous, retroussons – nous les manches aujourd’hui, dans la plus grande confiance en notre avenir commun !
Tultogo.com : Mr Péré, nous vous remercions.Interview réalisée par Xavier Nougbléga & Ferdinand Ayité.lire aussi