....... Il faut que la voix des sans voix, empêche les puissants de dormir... "L'ABBE PIERRE"

 
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« Quant à ce qui concerne la relève politique, je crois qu’elle se fera de gré ou de force… »

Interview de l’ancien Ministre chargé des relations avec le parlement :
Jean Yawovi DEGLI
Président de Bâtir le Togo.

tultogo.com : Mr le Ministre Bonjour?
Je m’appelle Xavier Nougbléga de tultogo.com

Comment vous allez? Et qu’est-ce que vous devenez?


JD : Je vais bien par la grâce de Dieu et le remercie pour ce faire. Pour ce qui est de ce que je deviens, je remercie également le grand Architecte de l’Univers de me permettre d’être toujours moi-même, de continuer à exercer ma profession habituelle et surtout de continuer à penser et à œuvrer pour le compte de la « Terre de nos Aïeux » en ma qualité de défenseur des droits de l’homme. Je l’ai fait en tant que responsable d’organisations des droits humains et je le fais depuis un certain temps en tant que président du mouvement Bâtir le Togo qui va tenir son 4ème Congrès statutaire le 14 Octobre prochain en Allemagne.

tultogo.com : Depuis votre déclaration courageuse, je cite : « Mr Eyadéma est de mauvaise foi » ce qui a valu d’ailleurs votre exil, la jeunesse togolaise n’a plus de nouvelles de vous. Que s’est-il passé?

JD : Dire que la jeunesse togolaise n’a plus de nouvelles de Jean DEGLI me semble ne pas du tout correspondre à la réalité. En effet, ni individuellement ni par le biais d’organisations des droits de l’homme dont j’ai été responsable, ni par le truchement du mouvement que je dirige et qui est « Bâtir le Togo », je ne crois pas être resté une seule seconde silencieux sur aucun sujet brûlant concernant le Togo. Alors dire que la jeunesse togolaise n’a pas de nouvelles de moi ne serait pas du tout exact. Et lorsque je n’interviens pas, je crois que les voix ou les porte-voix de la dictature togolaise ont souvent trouvé la possibilité de parler de moi en m’incriminant de mille et une manières dans diverses histoires. Peut-être faudra-t-il plutôt dire que les gens ne me voient pas au Togo, et donc sur la scène des événements. Evidemment, étant réfugié politique, je ne saurai m’aventurer au Togo sans précaution et en prenant des risques inconsidérés. Le jour où il me sera possible de retourner dans mon pays, j’y serai et ceux qui m’ont perdu de vue me verront une nouvelle fois. Il ne s’est donc rien passé. Je reste présent par mes écrits, interviews, prises de positions et réflexions publiques.

tultogo.com : Parlons de l’actualité Mr le ministre, il y’a aujourd’hui du brouillard dans le jeu politique togolais. Le peuple ne s’y retrouve pas. Après l’euphorie qu’avait suscité l’accord politique global de Ouagadougou, la plupart de vos aînés sont dans un gouvernement dit d’union nationale. Quelle est votre opinion là-dessus?

JD : Les gens ont signé un accord qui a été obtenu dans un certain climat et avec un certain nombre de difficultés. Ils essayent de traduire cet accord dans la réalité. Mon avis est que quel que soit ce que l’on pense des accords signés entre Togolais par le passé et du contenu de ce dernier, il faut laisser cette nouvelle procédure se mettre en marche, aller son cours et ensuite en tirer toutes les conséquences. Rien n’est parfait dans la vie et il peut arriver que les choses les plus anodines finissent par devenir des choses sérieuses. Je ne suis pas sûr que des gens aussi bien pensant que mon ancien professeur ADUAYOM et le professeur GNININVI dont on pense souvent beaucoup de bien en matière de rigueur aient rallié le gouvernement actuel pour s’y amuser. Je n’ai pas non plus l’impression que c’est là l’intention du Premier Ministre AGBOYIBOR qui fut l’un des premiers à se déclarer ouvertement dans ce combat pour la démocratie qui a commencé à la fin des années 80-début des années 90. Je veux donc demeurer positif pour le moment et leur permettre de montrer de quoi ils sont capables. Pour moi, ce n’est pas une question de personne. J’aime juger objectivement et quand le moment viendra, nous parlerons et dirons ce qu’il faut. Certes, le RPT a rarement respecté des accords. Mais là aussi, je laisse les choses se faire puisque le RPT avec ses nouveaux dirigeants semblent vouloir prendre une nouvelle orientation. Il faut donc se donner le temps de voir ce qui va exactement se passer. Il est encore trop tôt pour juger de façon objective. Je préfère laisser le temps au temps.

tultogo.com : Vos aînés sont en déphasage avec la base. Il suffit de parcourir certaines villes du Togo pour s’en rendre compte. Plus révélateur à la réunion du bureau de l’UFC où certains militants approuvent l’entrée dans le gouvernement Agboyibo du Dr Amah Gnasingbé. Alors qu’attendez-vous pour prendre la relève?

JD : Je ne sais pas ce que vous entendez par les « aînés sont en déphasage avec la base ». J’aurais voulu avoir quelques explications afin de pouvoir répondre clairement et plus amplement à cette question. Pour ce qui est de l’entrée du Vice Président de l’UFC au gouvernement malgré le refus de son parti, je pense qu’il faut arrêter les cacophonies. A mon sens, Monsieur Amah GNASSINGBE a jusque là respecté la discipline de son parti. Je suis sûr qu’il n’a donc pas pu aller à l’encontre d’une décision qui a été prise par son parti et de façon démocratique. Mais s’il s’agit, comme le pensent certains, d’une simple décision personnelle du Président du parti, alors cela pose un grave problème à la bonne marche du parti de la même façon d’ailleurs que si Monsieur GNASSINGBE Amah avait agi en contravention à la discipline du parti, c'est-à-dire contre une décision démocratique de l’UFC, cela serait anormal. Dans tous les cas, je reste persuadé que l’UFC saura régler de façon judicieuse ce problème interne. Quant à ce qui concerne la relève politique, je crois qu’elle se fera de gré ou de force. Il ne m’appartient pas de m’imposer ou de m’improviser homme politique de relève. Pour le moment, je demeure dans ma ligne de conduite de défenseur des Droits de l’Homme et le chantier est encore très vaste pour le Togo. Je ne me suis jamais donné l’étoffe d’un homme politique et je ne crois d’ailleurs pas vraiment l’être pour le moment. Quand je le deviendrai, j’agirai en homme politique et peut-être, j’arrêterai d’agir en défenseur des droits de l’homme. Ce qui, je pense, serait dommage car je souhaiterais pouvoir devenir un jour un homme politique tout en demeurent profondément un ardent défenseur des Droits Humains. Au jour d’aujourd’hui c’est ce que je suis et demeure par conviction profonde, et la défense de la dignité humaine me paraît être l’essence et la quintessence même de toute action humaine tournée vers l’humanité.

tultogo.com : Croyez-vous à l’équipe gouvernementale de Me Agboyibo?

JD : Maître AGBOYIBOR a composé une équipe gouvernementale avec les moyens de bord. C’est clair que le RPT s’est taillé la part du lion dans ce gouvernement. Mais il me semble que si l’opposition avait été de façon unie dans ce gouvernement et si l’UFC n’avait pas refusé de participer, les choses auraient pu être autrement. En effet, l’UFC étant considérée pour le moment comme la principale force de l’opposition, ce parti aurait pu revendiquer et avoir certains postes de souveraineté au lieu que tout aille entre les mains du RPT comme nous le remarquons aujourd’hui. Dans tous les cas, le Premier Ministre AGBOYIBOR est une personne très avisée et j’ose croire qu’il sait parfaitement à quoi s’en tenir avec un tel gouvernement. Je lui souhaite beaucoup de chance dans cette aventure difficile où rien n’est gagné d’avance et où le plus important semble de loin l’organisation d’élections législatives transparentes et véritablement démocratiques.

tultogo.com : Allez vous cautionner le scrutin législatif que va organiser le Premier Ministre Me Apollinaire Madji Yawovi Agboyibo? Ou plus simple, allez vous participer?

JD : Je ne peux rien cautionner dont je ne connais encore les tenants et les aboutissants. Pour cautionner des élections, il faut en connaître les données et avoir la possibilité de dire si elles sont ou seront démocratiques et transparentes ou pas. Pour le moment, il n’y a rien qui puisse permettre de mesurer quoi que ce soit en ce qui concerne ces élections. Et nous ne savons même pas encore si elles auront lieu aux dates prévues ou si elles auront lieu tout court. Attendons donc de voir et une fois encore laissons le temps au temps. Quant à ce qui concerne ma participation ou non, je n’y pense même pas pour le moment car le premier pas à franchir avant de participer à la vie politique de son pays de façon concrète- comme par exemple concourir à des élections- c’est de pouvoir fouler le sol de son pays. Or, je n’ai pas encore mis le pied au Togo et ne sais pas si j’aurai la possibilité d’y mettre les pieds avant lesdites élections. Ne mettons donc pas la charrue devant les bœufs.

tultogo.com : D’aucuns vous accusent d’avoir concéder trop de terrain politique à vos aînés. Qu’en pensez-vous?

JD : Je ne sais pas si j’ai concédé quoi que ce soit à qui que ce soit. Je sais simplement que la culture africaine fait que l’on est obligé de tenir compte de l’âge et de souvent trop en tenir compte puisqu’on en arrive à considérer la jeunesse comme une tare. Dans ce sens, les mouvements que nous avions, au sein de la jeunesse, engagés au début des années 90 et qui ont abouti à l’ouverture démocratique, je fais partie de ceux qui ont pu penser que nous étions trop jeunes en Mars 91 pour les faire aboutir nous-mêmes. Nous en avons donc confié la gestion à des mains qui n’ont pas su comment les faire aboutir. Ce qui nous a tous plongé dans le chaos vécu durant ces dernières années. Ce qui est sûr, c’est que depuis, j’ai bien compris que la politique n’est jamais une course de relais dans laquelle vous pouvez passer le témoin de vos objectifs ou visions à une autre personne pour qu’elle aille terminer la course. Il faut aller soi-même d’un bout à l’autre. Si demain j’avais à recommencer, il est donc sûr que je ne ferai pas certaines choses de la même façon.

tultogo.com : Vous gardez toujours de bonnes relations avec vos amis d’hier, la jeunesse du 05 octobre 1990 j’allais dire?

JD : Je n’ai pas de mauvaises relations avec tous ceux avec qui j’ai eu à passer les moments difficiles dans cette lutte, ceux avec qui nous avons partagé les mêmes stratégies, convictions, pensées et ardeurs de lutte. Mais je ne peux plaire à tout le monde et je n’en ai pas la prétention. Donc si quelqu’un me considère autrement que comme un compatriote ou un compagnon de lutte ou me prend avec adversité et quelquefois même avec acrimonie, je ne le refuserai pas et ne serai pas outre mesure étonné. Mais pour autant que cela dépende de moi, je suis en paix avec tous.

tultogo.com : Lorsque vous discutez avec certaines personnes au Togo pour la défense des libertés, elles ne font référence qu’à vous, c’est- à- dire aux acteurs du 05 octobre 90. Peuvent - elles compter sur vous?

JD : Comme je vous l’ai déjà dit, je suis et demeure profondément attaché à la défense des Droits de l’Homme. Je suis fondamentalement contre tout ce qui va à l’encontre de la dignité humaine et de l’humanité tout court. C’est une question de principe et aussi de conviction personnelle et religieuse. Je pourrai donc vous affirmer la main sur la conscience et sans risque de me tromper que sur ce plan, on pourra compter sur moi partout et toujours.

tultogo.com : Votre mot de fin Mr le ministre?

JD : J’espère que le Togo finira par sortir de ces ténèbres qui l’ont couvert depuis 1963, de l’ornière et du chaos qu’il vit depuis bien longtemps maintenant. Il est indispensable que chacun donne du sien pour ce faire. Si c’est le Gouvernement d’Union Nationale mis en place sous l’actuel premier ministre qui pourra aboutir à ce résultat alors nous lui souhaitons bonne chance. Dans tous les cas, nous devons toujours prier pour que l’Eternel mette enfin le Togo sur la bonne voie. Que l’Eternel bénisse le Togo.

tultogo.com : Mr le ministre, je vous remercie

interview réalisée par :
Xavier Nougbléga(tultogo.com)
Si on veut la réconciliation, on ne doit pas revenir sans cesse sur ce qui nous a séparé...
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